4D Man

Etats-Unis - 1959 - Irvin S. Yeaworth Jr.
Titres alternatifs : Master of Terror, The Evil Force, Le monstre aux abois
Interprètes : Robert Lansing, Lee Meriwether, James Congdon, Robert Strauss, Edgar Stehli

Les frères Nelson effectuent des recherches dans un cadre scientifique, chacun de leur côté. Le cadet, Tony, travaille dans l’ombre à titre personnel. Voici quatre ans, il est parvenu, avec l’aide d’un amplificateur de son invention, à faire traverser un crayon dans un bloc d’acier sans le briser. Mais sans le moindre financement, il n’est pas en mesure de poursuivre convenablement ses travaux sur la « quatrième dimension ». De plus, il est obligé de prendre des risques, aboutissant à l’incendie du laboratoire de son employeur.
Scott, l’aîné, a des soucis d’un autre ordre. Il officie dans un centre de recherches, à la tête d’une équipe qui comprend notamment Linda, sa fiancée, et Roy, un rival qui convoite également la jeune femme. Qui plus est, le directeur du centre, Carson, a tendance à s’approprier les travaux de Scott à des fins publicitaires. Scott est sur le point de créer un matériau indestructible, la cargonite. C’est alors que Tony, désespéré, vient le retrouver…
Dans la décennie des années 1950, les Etats-Unis ont produit un nombre incalculable de films fantastiques et de science-fiction, avec souvent un dénominateur commun : la menace extra-terrestre, ou celle de créatures monstrueuses issues d’expériences scientifiques désastreuses.
4D MAN parle aussi d’expériences scientifiques tournant mal, mais le traitement apporté à cette œuvre sort incontestablement du lot. Pas forcément à son avantage, en fait, dans la mesure où le film ne prend une tournure fantastique que dans sa seconde partie. Auparavant, la première moitié de 4D MAN tourne essentiellement autour d’un triangle amoureux entre le personnage de Linda et celui des deux frères. La jeune femme constate peu à peu qu’elle n’aime pas Scott, et se trouve de plus en plus attirée par Tony. Ce dernier, en ce qui le concerne, est tiraillé entre son amour pour Linda et son refus de se poser en rival de Scott.
Bref, le spectateur est convié, à sa grande surprise, à un drame aux allures de tragédie grecque, dans lequel la trame fantastique est reléguée au second plan. La tendance s’inverse heureusement dans la deuxième partie, lorsque Scott se rend compte qu’il possède le pouvoir de passer à travers les objets solides. Ce pouvoir le change peu à peu, autant moralement (il devient attiré par le mal) que physiquement (l’utilisation de son « talent » le vieillit prématurément). Lorsque Scott réalise que seul le meurtre d’autrui parvient à ralentir le processus de vieillissement, le film prend alors son rythme de croisière, mais n’est-ce-pas un peu tard ?
4D MAN a été réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr, un metteur en scène qui n’a tourné qu’une demi-douzaine de films entre 1956 et 1967. S’il est l’auteur du kitschissime DINOSAURUS ! (1960), il est avant tout connu pour le fameux DANGER PLANETAIRE (THE BLOB, 1958), un classique de la science-fiction dont le premier rôle était tenu par un certain Steve McQueen. Pour 4D MAN, il a recruté quelques acteurs pas forcément connus mais disposant toutefois d’une honorable carte de visite. On retrouve ainsi Robert Lansing (PAS D’ORCHIDEES POUR MISS BLANDISH, L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES), James Congdon (qui venait de tourner dans LE GAUCHER, avec Paul Newman), Lee Meriwether (qui interpréta Catwoman dans le BATMAN parodique de 1966) et Robert Strauss (SEPT ANS DE REFLEXION, L’HOMME AU BRAS D’OR). Des acteurs aguerris, dans l’ensemble, qui livrent une interprétation de qualité, compensant quelque peu le manque d’intérêt d’une moitié du métrage.
L’aspect hétéroclite du scénario est également accentué par la bande originale, signée Ralph Carmichael (déjà présent dans DANGER PLANETAIRE). Ici, sa partition est orientée complètement vers un jazz endiablé, un style évoquant plus des comédies ou des films d’espionnage de l’époque que les films à caractère fantastique.
Enfin, 4D MAN a été produit par Jack H. Harris. Un nom qui n’évoque pas grand-chose pour beaucoup ; et pourtant, en tant que producteur, on lui doit non seulement DANGER PLANETAIRE mais également son remake parodique tourné par Larry « JR » Hagman (ATTENTION AU BLOB, 1972), et celui, plus sérieux, réalisé par Chuck Russell (LE BLOB, 1988). Cela dit, si Harris semble s’être pris d’une passion curieuse pour la masse gélatineuse rouge, il a également produit deux excellents films aussi curieux que différents, à savoir EQUINOX de Jack Woods, et le premier long métrage de John Landis, l’hilarant SCHLOCK, dans lequel on voit d’ailleurs des extraits de DANGER PLANETAIRE et DINOSAURUS ! lors d’une scène dans un cinéma.
4D MAN, quant à lui, hésite un peu trop entre plusieurs genres (drame, fantastique, thriller…) pour enlever totalement l’adhésion. Son rythme est inégal, mais le film demeure une curiosité. Qui plus est, la qualité de l’interprétation joue en sa faveur, suffisamment en tout cas pour qu’on lui accorde un minimum d’intérêt.


- Article rédigé par : Philippe Chouvel
- Ses films préférés : Femina Ridens, Les Démons, Danger Diabolik, L’Abominable Docteur Phibes, La Dame Rouge Tua 7 Fois

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