8th Wonderland

France - 2008 - Nicolas Alberny, Jean Mach
Interprètes : Matthew Géczy, Robert William Bradford, Alain Azerot, Eloïssa Florez, Ahlima Mhamdi, Michael Hofland, Luca Lombardi

8th Wonderland est un pays virtuel, autrement dit un site Internet, un forum où se rencontrent et travaillent main dans la main des gens du monde entier dans le but commun d’améliorer le sort de leurs semblables. 8th Wonderland fonctionne sur un mode de démocratie directe : chacun de ses citoyens dispose d’une voix lors du vote hebdomadaire décidant des prochaines actions. De gentils idéalistes qui profitent des nouveaux moyens de communication pour s’organiser et collaborer. Leurs coups sont médiatisés mais sans que 8th Wonderland soit jamais repéré : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Pourtant un jour, lors d’une action de placement de distributeurs de préservatifs au Vatican, quelques membres arborent un T-shirt portant l’inscription « 8th Wonderland ». Ce détail est repéré par les caméras de sécurité. Dès lors, le pays virtuel devient soudainement visible, s’attire rapidement et la sympathie du grand public et la méfiance des autorités. Bientôt apparaît aussi sur les écrans télévisés américains John Mc Lane, qui se présente comme le fondateur de 8th Wonderland. Stupeur pour les membres qui ignorent en effet l’identité du fondateur de leur « pays » mais sont convaincus de l’imposture de Mc Lane. Ils désignent dès lors à leur tour un porte-parole. Une guerre médiatique s’engage.

Voici un film français d’anticipation qui ose sortir des sentiers battus, tant formellement que dans ses thématiques.

Formellement, le film fonctionne par montage de discussions du forum de 8th Wonderland, entrecoupées de très nombreux extraits de (faux) JT du monde entier relayant le résultat des actions et surtout leur perception. On pense un peu à la forme empruntée il y a quelques années par cet autre très beau film d’anticipation réflexive qu’était THOMAS EST AMOUREUX. Un troisième tiers de 8TH WONDERLAND est constitué d’une mise en scène plus classique de la vie des divers protagonistes.

Petit détail pas courant dans la production française : à l’heure de la mondialisation, le métrage mélange judicieusement les principaux idiomes planétaires : le français y côtoie l’anglais, l’italien, l’espagnol, l’arabe, le japonais…

Narrativement, on suit la progression d’un site d’alter mondialistes, prenant de plus en plus d’ampleur, jusqu’à s’imposer dans le concert médiatique, affronter gouvernements et corporations, devenir lui-même puissance, se compromettre parfois, perdre un moment sa crédibilité, générer des dissensions mais aussi gagner des batailles.

Sur le fond, 8TH WONDERLAND brasse large et englobe de nombreux thèmes suscités par les transformations de la société contemporaine ou par des questions morales et éthiques éternelles : les limites de la démocratie, et notamment celle de la démocratie directe, les divergence de point de vue entre idéalistes, la justification des moyens par la fin poursuivie, la nécessité de la subversion, la représentativité des porte-parole, l’efficience des actions purement médiatiques, la manipulation des cercles de pouvoir…

L’ensemble est traité dans une dramaturgie qui fonctionne parfaitement, grâce à un scénario bien huilé qui joue la carte de la progression sur le mode des grandes fresques : partant des débuts hésitants, on suit l’ascension du « pays », sa gloire, ses problèmes, sa chute et sa rédemption.

La force du film tient enfin encore en ce qu’il nous montre aussi les errements des citoyens de 8th Wonderland, qui oublient parfois leurs principes et se perdent en chemin.

L’ensemble n’est pas sans évoquer des thèmes qu’on trouve aussi dans l’œuvre du romancier cyberpunk William Gibson, notamment « Identification des Schémas » (2003). Il ne s’agit plus de décrire un futur menaçant mais un présent appréhendé sous l’angle des problématiques qu’il génère et des changements culturels qu’il induit.

8TH WONDERLAND se révèle donc parfaitement complémentaire à SLEEP DEALER, également présenté au 27e Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF) : les deux nous permettent d’appréhender de chaque côté de la fracture sociale mondiale, certains des grands enjeux de la mondialisation actuelle.

8TH WONDERLAND a très bien été accueilli par le public du 27e Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF) et y a recueilli une mention spéciale « pour son audace visuelle et ses idées véhiculées ».


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare