A Dark, Dark Man

Perdu au milieu des steppes du Kazakhstan, un homme affecté par une déficience mentale accepte de jouer les coupables dans une sombre affaire de meurtre d’enfant. Le jeune policier en charge de l’affaire accepte le pot de vin et ferme les yeux sur une énième affaire qui sera étouffée aussi vite que possible, lorsqu’une jeune journaliste étrangère débarque sur l’affaire et sème le trouble et le doute dans l’esprit du jeune policier. Ce dernier contraint de mener l’enquête pour faire taire les accusations de la journaliste se retrouve confronté à la sordide vérité que tous s’emploient à cacher.

A DARK, DARK MAN est un long métrage du cinéaste kazakh Adilkhan Yerzhanov qui a déjà été consacré par le passé. En 2014, son troisième long métrage THE OWNERS se fait remarquer notamment à Cannes et à Toronto, la consécration vient avec LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE en 2018 où il brille dans des festivals du monde entier, faisant ainsi connaître son style pour le moins déconcertant, où l’humour plein d’onirisme, mais aussi de noirceur jette un regard trouble sur son pays. Avec A DARK, DARK MAN il renoue avec une dénonciation de la corruption en adoptant le style du polar.

Le style très particulier de A DARK, DARK MAN s’appuie essentiellement sur un humour de gestuelle et de situation donnant un caractère burlesque à l’œuvre. La mise en scène laisse le temps aux acteurs d’évoluer dans des cadres très esthétiques, avec un sens du rythme et du montage qui laisse la place à l’émotion et à la poésie. Ce n’est pas sans rappeler l’univers de Bruno Dumont dans sa série PETIT QUINQUIN. On s’attache à ces personnages hors norme, notamment ce couple atypique souffrant de déficience mentale qui semble complètement étranger aux horreurs qui accablent les autres. Leur regard innocent révèle à la fois la beauté du monde, des paysages du pays aride où ils vivent, mais également provoquent le trouble du héros.

Le parcours de ce dernier est assez classique, du jeune policier envoyé dans la campagne désolée, obligé de se soumettre à la corruption et au manque flagrant de minimum de conscience professionnelle sévissant dans la région. Brisé par le système, il est littéralement voûté, toujours penché, avachi, et parvient à retrouver son honneur bafoué qu’à travers cette affaire particulièrement difficile, et le regard acerbe de cette journaliste pourtant envoyée par le ministère. C’est dans les jeux de regards, les non-dits et la gestuelle que tout se joue, et se dénoue, offrant un contre-pied à ces grands films du polar où tout se jouait dans les jeux de lumière et des dialogues mordants.

Seul bémol, un rythme lent qui certes invite à la contemplation de superbes décors, à la poésie et à l’attachement pour ces personnages atypiques que le réalisateur laisse vivre dans son cadre, leur permettant de développer leur humour si particulier et touchant, mais qui peut décourager également le public plus habitué à des rythmes effrénés.