All about Evil

USA - 2010 - Joshua Grannell
Interprètes : Natasha Lyonne, Thomas Dekker, Cassandra Peterson, Mink Stole, Noah Segan, Jack Donner, Jade Ramsay, Nikita Ramsay, Ariel Hart, Ashley Fink, Julie Caitlin Brown, Anthony Fitzgerald, Gwyneth Richards, Peaches Christ, Nicholas Bearde, Lyndsy Kail

Confier la cérémonie d’ouverture de la dixième édition du Lausanne Underground Film & Music Festival à Peaches Christ, reine des séances de minuit à San Francisco a été une brillante idée. En véritable showgirl, le drag queen la plus cinéphile de la côte ouest nous a offert un spectacle interactif de qualité en guise d’introduction à son premier long métrage, ALL ABOUT EVIL.
Deborah Tennis tente de faire survivre le cinéma de son père en y projetant de vieux films d’horreur devant le même parterre de spectateurs, une petite poignée de fidèles dont seul Steven semble être là par amour du genre. Il faut dire que le jeune homme en pince aussi pour la gérante. Lorsque la mère de Deborah débarque un soir pour violemment forcer sa fille à vendre l’établissement, cette dernière refuse de se laisser faire et poignarde sa génitrice avec un stylo. Alors que le public dans la salle commence à s’impatienter car la projection de BLOOD FEAST tarde à débuter, Deborah, encore ahurie par son geste et couverte de sang, se trompe de bouton et projette sur l’écran les bandes de vidéo surveillance la montrant commettre son matricide. La salle exulte de joie face à ces images que tout le monde pense factices, et Deborah devient du jour au lendemain la coqueluche de la ville. Assistée par Mr. Twigs, son projectionniste dont l’âge canonique ne l’empêche nullement d’être amoureux de sa patronne, elle recrute deux jumelles psychotiques et un toxicomane violent afin de poursuivre sa nouvelle carrière de réalisatrice, enchaînant les productions sanglantes dont l’horrible réalité attirent de plus en plus de monde…
Formidable réussite en dépit de son parti pris assez casse-gueule de vouloir être une comédie saignante rendant hommage au cinéma de genre, ALL ABOUT EVIL évite les pièges de la référence à outrance et parvient à développer un rythme et une ambiance singulière. Maniant le mauvais goût avant autant de talent que John Waters, père spirituel du long métrage dont l’influence est omniprésente sans être écrasante, Joshua Grannell tape juste et réussit à rendre drôle tous les excès qu’il met en scène. Ainsi, on est partagé entre rires et terreur lorsqu’une paire de seins est guillotinée ou lorsqu’un personnage se fait coudre la bouche.
Bien que le film soit une petite production indépendante, il peut compter sur un casting solide puisque Peaches Christ, qui tient un petit rôle, a suffisamment d’amis aussi fidèles que talentueux. Mink Stole, indissociable du cinéma de Waters, vient participer pleinement à l’aventure, accompagnée de la trop rare Cassandra Peterson. Et oui, c’est la belle Elvira en personne, mais sans ses attributs factices, qui interprète la mère de Steven, et elle se révèle être une excellente actrice, ce qui fait juste regretter de ne pas la voir jouer plus souvent au naturel. Quant à Natasha Lyonne, actrice capable de passer de la saga AMERICAN PIE au dernier Abel Ferrara 4:44 LAST DAY ON EARTH, elle incarne avec bonheur une Deborah Tennis de plus en plus folle à mesure que son égo enfle. Pour ce personnage, Grannell et son actrice souhaitaient rendre hommage à Doris Wishman, l’une des rares femmes à avoir réalisée des films d’exploitation.
Jouissif de bout en bout, ALL ABOUT EVIL s’impose déjà comme un petit classique de la comédie gore dont il porte fièrement le flambeau. On savait déjà que Peaches Christ avait du talent, maintenant on découvre que son alter égo Joshua Grannell n’est pas en reste et on ne peut qu’espérer que le succès de ce premier film lui ouvre des portes pour qu’il puisse poursuivre dans cette voie.

Lire l’interview de Joshua Grannell


- Article rédigé par : Éric Peretti


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