ANGEL

Petite production filmée en 1983, ANGEL, débute dans les salles américaines en janvier 1984. Le succès, d’abord modeste (environ 2 millions de recettes lors de son week-end d’ouverture) enfle par la suite. Le film s’accroche au box-office pendant plusieurs mois, caracole en tête des audiences et finit par récolter plus de dix-sept millions de dollars, devenant la production la plus rentables de la New World Pictures cette année-là.

Robert Vincent O’Neil, le scénariste et réalisateur d’ANGEL, n’est pas complètement inconnu : il a signé THE PSYCHO LOVER et le plaisant BLOOD MANIA, sans oublier le très distrayant film d’action féminin WONDER WOMEN, au début des années ’70. Cependant, après le métrage familial PACO en 1975, O’Neil disparait des radars. En 1982, il signe néanmoins l’écriture de VICE SQUAD de Gary Sherman dans lequel une prostituée est traquée par un tueur sadique. Guère étonnant, dès lors, de le retrouver aux commandes de cet ANGEL à l’intrigue globalement similaire mais au ton fort différent. Le film suit ainsi la vie d’une étudiante de quinze ans, Molly. Effacée, timide, n’ayant pas de copain et encore moins de petit ami, elle poursuit tranquillement ses études. Mais elle cache un secret : ses parents ayant disparus, Molly est contrainte à la prostitution. Le soir, sous l’identité d’Angel, elle arpente Hollywood Boulevard, fréquentant un vieux travesti sur le retour et un ancien cascadeur hollywoodien qui vivote en racontant ses souvenirs au touriste, engoncé dans son costume de cow-boy.

Bien que fortement ancré dans la sexploitation, ANGEL vaut, en effet, surtout pour sa galerie de personnages truculents et attachants. Susan Tyrell (nommée à l’Oscar pour FAT CITY !) joue une peintre lesbienne fumeuse de cigare qui joue au poker avec le travesti Mae (Dick Shawn, vu dans LE VAMPIRE DE SES DAMES). Mais le plus attachant reste le vétéran Rory Calhoun (LA RIVIERE SANS RETOUR) dans un rôle quasiment autobiographique. Ancien cascadeur dont tous les amis de la grande époque du western sont morts, il parcourt Hollywood Boulevard avec deux six-coups et amuse les touristes en racontant ses souvenirs d’une époque oubliée dont même les vedettes, comme Tom Mix, ont disparus des mémoires. Donna Wilkes (vue dans LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE et FURIE) campe la jeune prostituée, bien qu’elle ait 21 ans et non 15 (ce qui se voit !), trouvant l’épaule d’un flic compatissant (l’acteur de télévision Cliff Gorman) pour pleurer sur l’assassinat d’une de ses rares amies par un détraqué. La petite bande va traquer le tueur (John Diehl, revu dans JURASSIC PARK III) déguisé en adepte de Krishna pour nettoyer les quartiers chauds.

Mélange de mélo larmoyant, de drame, de comédie (quelques répliques sont fort drôles), d’érotisme (on ne compte plus les scènes de douche gratuites) et de thriller, saupoudré d’une louche de slasher avec son serial killer halluciné, ANGEL avance à bon rythme et se permet, dans son dernier acte, d’embrayer vers une classique traque en forme de récit de vengeance. En dépit d’une affiche racoleuse et d’une célèbre tagline ayant beaucoup fait pour la réputation du métrage (« Bonne élève le jour, bonne pute la nuit »), ANGEL reste modéré dans ses outrances, une approche pour une fois payante qui aide à le rendre mémorable. Agrémenté d’une bande originale très typée ‘80s mais efficace, d’une photographie soignée et d’interprètes convaincants, ANGEL s’affirme comme une parfaite petite série B au scénario intéressant et aux dialogues bien écrits. Une valeur sure, tant pour les adeptes de l’exploitation que pour les tenants d’un cinéma plus ambitieux et moins crapuleux.

Frédéric Pizzoferrato

Ses films phares :
Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer


FICHE TECHNIQUE :
USA - 1984
Réalisation : Robert Vincent O’Neil
Interprètes : Donna Wilkes, Cliff Gorman, Rory Calhoun, Susan Tyrell, Dick Shawn, John Diehl...

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