Assault ! Jack the ripper

Japon - 1976 - Yasuharu Hasebe
Titres alternatifs : Bôkô Kirisaki Jakku
Interprètes : Yoko Azusa, Yutaka Hayashi, Tamaki Katsura, Midori Mori, Rei Okamoto

Un apprenti pâtissier timoré et renfermé rencontre une serveuse revêche qui se fait humilier au quotidien sur son lieu de travail. Elle lui demande de la raccompagner en voiture. En chemin, ils embarquent une auto stoppeuse qui se révèle vite folle et suicidaire. Voulant s’en débarrasser, ils la tuent accidentellement et, pris de panique, cachent le corps. Rentrés chez eux, la peur qui les étreint génère une énergie sexuelle dont ils s’ignoraient capables. La femme veut par la suite ressentir encore cette pulsion et demande au marmiton de continuer à tuer pour pouvoir ensuite lui faire l’amour. Le couple s’installe ensemble, dans un quotidien vite rythmé par les meurtres. Mais l’homme se lasse progressivement de sa compagne, trouvant sa satisfaction dans les seuls homicides.

ASSAULT ! JACK THE RIPPER a été produit au milieu des années 70, lorsque, cherchant de nouvelles voies pour ses « roman porno », la Nikkatsu décide de durcir le ton et de créer les « violent pink » qui entremêlent sexe et violence. Ce sous-genre perdurera quelques temps jusqu’à ce que la censure réagisse après RAPE : THE 13TH HOUR du même Hasebe et fasse pression sur la firme pour qu’elle arrête de tourner ce type de métrage.

ASSAULT ! JACK THE RIPPER trouve sa source dans quelques faits divers américains dont le plus célèbre a donné lieu à d’autres adaptations, comme LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL. La dernière séquence d’ASSAULT ! JACK THE RIPPER pourrait également émaner de l’affaire Speck qui a vu en 1966 le ci-devant dénommé tuer 8 infirmières tandis que, cachée sous un lit, une neuvième survécut, assistant sans pouvoir réagir au meurtre de ses collègues. Ce fait divers a également inspiré Koji Wakamatsu pour ses ANGES VIOLÉS et SLAUGHTER HOUSE.

Yasuharu Hasebe était un contractuel de la Nikkatsu dans les années 60, spécialisé dans les films d’action. Lorsque la firme se tourne exclusivement vers le « roman porno », il s’éloigne pour quelques temps mais revient par la suite dans le giron Nikkatsu pour tourner une série de films centrés sur le thème du viol. Cependant, on voit bien l’intérêt du réalisateur pour l’action rejaillir ici puisque la composante sexuelle s’estompe progressivement au profit de la description des meurtres. Ou plutôt, il y a remplacement en cours de métrage des scènes explicitement érotiques par celles, métaphoriques, où l’assassinat au couteau figure l’acte sexuel.

Le scénario est très correct eu égard aux standards parfois assez bas du cinéma d’exploitation. On reconnaît là le soin typique de la Nikkatsu. On perçoit bien l’évolution de personnages bien typés au départ et qui évoluent en fonction de leurs actes : le peureux se révèle à lui-même dans l’acte de tuer, lequel lui confère l’impression de pouvoir qui lui manque dans la vie normale. Sa virilité tient plus dans son couteau que dans son sexe et le film ne manque aucune occasion d’assimiler l’arme des crimes au pénis. Dès lors, on verra notre homme, au départ apeuré par ses actes, tenter de prime abord de lutter contre eux, échouer, puis enfin assumer sa condition de serial killer avant d’abandonner ses restes d’humanité en s’éloignant de sa muse. Cette dernière vit par procuration : sa sexualité tient à la virilité que confère à son « mari » les meurtres commis. Elle développe dès lors une vie rangée d’épouse dévouée qui serait classique si elle ne reposait pas sur la perversion de leur relation. A titre d’exemple, une très belle séquence voit nos tourtereaux s’offrir une escapade campagnarde et la femme chevaucher son partenaire dans une scène bucolique, avant qu’un travelling arrière ne nous révèle que la « campagne » en question est un coin buissonneux du cimetière local.

Chaque meurtre est traité comme une relation sexuelle. Aussi voit-on notre héroïne piquer une crise de jalousie lorsque son amant s’en va tuer sans elle. Le voilà infidèle. La voilà trompée.

La mise en scène transcrit parfaitement les enjeux du scénario. Et la réussite se mesure aussi aux détails qui émaillent l’ensemble, tel l’utilisation en contrepoint lors des meurtres d’une musique douce qui n’aurait pas déparé dans un giallo. Cette référence à un genre italien alors en pleine gloire n’a rien d’anodin, tant le thriller transalpin d’alors parsème ses scripts de métaphores sexuelles et use également du couteau comme substitut phallique.

S’agissant quand même d’un « roman porno », le film, du moins dans sa première moitié, est parsemé à intervalles réguliers de séquences érotiques étirées bien plus que ce qu’un même script traité dans un autre genre ne l’aurait exigé. Mais rien à redire, ces séquences sont bien intégrées au développement de l’intrigue et des personnages. Elles sont abandonnées progressivement dès le milieu du métrage pour opérer un transfert d’un érotisme explicite vers une perversion métaphorique.

Caractéristique de l’époque et des latitudes laissées au cinéma d’exploitation, la conclusion refuse le happy end. ASSAULT ! JACK THE RIPPER a été un succès au box office nippon de 1976 et on ne saurait trop le recommander aux amateurs de cinémas déviants.


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare