Aux Yeux des vivants

France - 2014 - Alexandre Bustillo, Julien Maury
Interprètes : Anne Marivin, Théo Fernandez, Francis Renaud, Béatrice Dalle

L’intrigue se déroule dans un petit village de la France sans histoire. Trois adolescents à problèmes fuguent la fin de l’école pour aller jouer dans l’ancien décor de cinéma qui subsiste encore, non loin des habitations. Là, ils découvrent un étrange manège. Un homme masqué, très grand, effrayant, est en train de sortir une femme attachée du coffre d’une voiture. En cherchant comment la sauver, ils se font remarquer, et l’homme se lance à leur poursuite. Alors débute une spirale de violence particulièrement sanglante. Qui est donc ce mystérieux duo, qui réside dans les sinistres cave de cet étrange lieu ? Sans doute ont-ils un rapport avec le père qui, lors d’un prologue particulièrement malsain, survit à la sanglante agression effectuée par sa femme et s’enfuit, en compagnie de son fils.

Alexandre Bustillo, ancien journaliste de Mad Movie, et Julien Maury, sont deux réalisateurs qui ont marqué le paysage horrifique français. Leur premier film, A L’INTERIEUR, montrait leur envie de faire du cinéma d’horreur énervé et référentiel, tout en digérant ces influences, pour offrir un spectacle généreux, mais maîtrisé, avec un slasher simple et d’une efficacité redoutable. A L’INTERIEUR leur permit aussi de rencontrer leur muse, Béatrice Dalle, et ils se promirent mutuellement que cette dernière serait présente dans tous leurs films. Elle apparaît ainsi furtivement dans LIVIDE, leur excellente deuxième oeuvre, lors d’un rêve aussi poétique que macabre. Leur deuxième métrage démontre ainsi qu’ils sont capables d’oeuvrer dans des genres différents. Le film se montre onirique, voir poétique, tout en confirmant leur amour de leurs monstres et, à travers cette exploration atypique du mythe du vampire, leur envie de lâcher quelques fulgurances gore particulièrement bien venues. Et, bien entendu, Bétarice Dalle est présente dans AUX YEUX DES VIVANTS, au sein de ce prologue tétanisant mettant immédiatement dans l’ambiance dérangeante et sanglante que les réalisateurs veulent instaurer.

AUX YEUX DES VIVANTS permet aux réalisateurs de continuer à jouer avec les influences qu’ils aiment. Il s’agit, cette fois-ci, de toutes les bandes-dessinées horrifiques, types « Les contes de la crypte ». Ainsi, l’histoire en elle-même est quelque peu régressive, avec cette famille de psychopathes vivant terrés, et cette étrange créature. Mais, là encore, ils maîtrisent les influences et nous livrent une histoire simple, classique mais d’une efficacité aussi redoutable que tétanisante.
Exploitant les décors à la perfection, ils parviennent à rendre intense et labyrinthique l’ancien décor de cinéma, particulièrement glauque (surtout dans les sous-sols), et la maison du héros grande, belle, mais devenant un piège mortel quand le tueur l’investit. L’utilisation de la chatière est ainsi prévisible mais excellente.
Les adolescents sont, ici, attachants (contrairement à LIVIDE où les personnages humains étaient insipides), alors que les réalisateurs créent, avec eux, une version adulte et sanglante des GOONIES, un mélange entre film d’aventure et slasher. Alexandre Bustillo et Julien Maury ne s’attardent pas trop sur l’exposition, mais suffisamment pour faire ressentir l’isolement des personnages, les soucis de nos jeunes héros, et ils nous permettent de ressentir de l’empathie pour eux, malgré leur côté un peu archétypaux. Et, quand l’horreur et le sang se déchaînent, le film se montre sans surprise des plus généreux. Créatures au design intéressant, flots de sang, cruauté, les amateurs d’horreur sont ainsi aux anges et ce, jusqu’à la fin, ouverte et particulièrement bien vue.
AUX YEUX DES VIVANTS, produit par Metaluna, confirme donc le talent de leurs auteurs, et démontre qu’ils sont des acteurs importants de l’horreur actuelle. Projeté dans le cadre de la 32ème édition du Brussels International Fantastic Films Festival, le métrage est ainsi un des moments les plus agréable du festival.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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