Baby Face

Dan habite sur les quais, à San Francisco, où il bosse comme peintre en bâtiment. Un jour, il croise deux lycéennes et commence à les brancher. L’une s’en va, l’autre reste. Priscilla, bien qu’âgée d’à peine seize ans, est plutôt délurée, et a depuis quelque temps des démangeaisons au niveau du bas ventre. C’est donc sans la moindre hésitation qu’elle accepte l’invitation de Dan. Dans sa piaule, celui-ci met un point d’honneur à la déniaiser. Mais une fois l’acte accompli, voilà que la mère de Priscilla débarque, folle d’inquiétude, et accompagnée d’un policier. Après une brève poursuite, une explosion projette Dan dans la Baie de San Francisco. Il parvient tant bien que mal à regagner la rive avant de perdre connaissance. Mais la chance lui sourit, puisqu’il est recueilli par deux charmantes jeunes femmes, Annie et Felicia, qui habitent sur une péniche. Elles le soignent, le bichonnent, sans oublier toutefois de lui demander quelques explications. Dan raconte donc sa mésaventure, et notamment le fait qu’il soit recherché par la police. Afin de le sortir de l’embarras, Felicia lui propose de le conduire chez sa tante, qui dirige une maison de passe pour femmes riches et esseulées. Et, après avoir testé la marchandise, les deux copines sont persuadées que Dan ferait un excellent gigolo…
Alex de Renzy, décédé il y a près de dix ans, ne fut pas seulement l’un des tous premiers réalisateurs de films X (longs métrages), mais aussi l’un de ses meilleurs représentants. On lui doit quelques classiques, comme « LES MAITRES DU PLAISIR » et « FEMMES DE SADE » (dont on peut voir les affiches dans une pièce de la maison de passe), mais également « PRETTY PEACHES » et donc ce « BABY FACE », à ne pas confondre avec le film éponyme d’Alfred E. Green, datant de 1933, avec Barbara Stanwyck et John Wayne.
L’une des particularités de « BABY FACE » tient dans le fait que son acteur principal, Dan Roberts, et l’un des premiers rôles féminins, Lyn Cuddles Malone (Priscilla), disparaîtront des écrans après ce film, et on n’aura jamais l’occasion de les voir à nouveau, que ce soit dans le hard ou ailleurs. Dommage, car leur interprétation dans ce film est sans failles, Cuddles Malone passant sans peine pour une mineure (elle avait en réalité une vingtaine d’années) de par son physique juvénile, et Dan Roberts présentant une stature hors-normes dans le monde du porno, du haut de ses 2,05 mètres, et une carrure de joueur de football américain. Du coup, on s’amuse à penser ce qu’imaginent les femmes lorsqu’elles aperçoivent ce géant, à savoir s’il est aussi bien bâti à tous les niveaux ?
Et c’est le cas, effectivement, comme pourront le constater la cohorte d’actrices qui vont défiler tout au long de ce « BABY FACE », telles Desiree West, Amber Hunt (« LA VENUE DES ANGES », « SEXWORLD »), et l’incroyable Marion Eaton, qui interprète la mère de Priscilla, hystérique et prête à couper les attributs de notre peintre avec un couteau de cuisine, dans une scène d’anthologie. Marion Eaton, qui avait alors quarante cinq ans, s’était fait remarquer deux années auparavant, toujours dans un rôle de folle furieuse, dans le démentiel « THUNDERCRACK ». N’oublions pas non plus la regrettée Kristine Heller (« V : THE HOT ONE », « LITTLE GIRLS BLUE »), qui s’est suicidée en 1989, et qui joue ici une actrice (Marina Randolph) venue à San Francisco pour s’encanailler. Elle va se montrer insatiable à un tel point que tout le « cheptel » masculin du bordel va défiler à tour de rôle pour la satisfaire. Deux hommes, puis trois, puis quatre… Finalement, ce sont bel et bien neuf étalons qui parviendront à venir à bout de l’inextinguible soif de sexe de Marina. D’une certaine façon, on a là l’un des tous premiers gangs bangs dans un long métrage X, bien des années avant que cette « discipline » ne devienne une institution.
« BABY FACE » est une réussite du hard américain, doté de dialogues vifs, tranchants et humoristiques, et d’un casting hétéroclite composé d’acteurs familiers du genre (comme Joey Silvera et Paul Thomas), et d’autres beaucoup moins connus, ce qui apporte encore plus de fraîcheur dans cette production des glorieuses années 70. Bien que les scènes hard se succèdent à un rythme effréné, De Renzy n’a pas manqué de filmer bon nombre de scènes en extérieur, qui apportent un supplément de rythme, et de peaufiner autant les situations (originales), que les dialogues. Assurément, « BABY FACE » compte parmi les grandes réussites du hard américain.