Bellflower

Etats-Unis - 2011 - Evan Glodell
Interprètes : Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson

Deux jeunes hommes sont les meilleurs amis du monde. Fascinés par l’Apocalypse, ils jouent avec les armes, fantasmant sur la fin du monde, et fabriquent, lentement mais sûrement, un lance-flammes. Ils customisent aussi une vieille voiture, voulant la faire ressembler à ces véhicules hérissés de métal et crachant des flammes, que conduisent les bandes armées dans les films post-apocalyptiques. En effet, ils espèrent, quand arrivera l’Apocalypse, impressionner les survivants avec leur gang, Mother Medusa. Quand ils ne s’adonnent pas à ces hobbies, ils sortent, boivent de la bière et font les imbéciles dans les bars. C’est lors d’une de ces sorties que l’un d’eux va rencontrer une magnifique demoiselle, dont il va tomber follement amoureux. C’est ainsi que débute une intense histoire d’amour, faite de bonheur et de trahison, de douceur et d’ultra violence.
Voici le premier film d’Evan Glodell, dont il est aussi l’acteur principal. Il est également son scénariste, son producteur et son monteur. Ce touche-à-tout s’entoure d’une équipe d’acteurs peu expérimentés, mais qui jouent très juste des personnages magnifiquement bien écrits.
Si certaines images, glanées de-ci de-là, pouvaient faire penser à un film inspiré de MAD MAX, il n’en est rien (même si les héros du film sont fan de ce chef-d’œuvre). Nous sommes ici face à un portrait aussi juste que terrifiant d’une jeunesse en perte totale de repères et de limites, et fascinée par la mort et l’autodestruction. Si l’auteur ne décrit pas les raisons de cet état d’esprit dérangeant et malade, il en brosse un portrait qui ne verse jamais dans le pathos ou la caricature, n’étant un peu excessif qu’à une seule occasion (une faute de goût mineure au vu du reste du film). Les personnages qu’il dépeint fascinent, de part leur manière de perdre tout repère moral, tout sens de la démesure et de chercher la souffrance, de flirter avec la mort, comme s’ils en avaient besoin pour se sentir vivants, pour se prouver qu’ils existent. Ils dérivent ainsi en marge d’une société qu’ils ne comprennent plus, tombant dans des excès de toutes sortes pour se sentir en vie (alcool et sexe, entre-autres). Ce constat effroyable n’aurait pas pu sonner juste sans des acteurs parfaits et un scénario bien écrit. Et c’est le cas, mis à part, comme précisé, à une seule occasion.
Pour parler de son pays, le réalisateur a décidé de raconter une romance. Cependant, nous sommes loin ici d’une comédie sentimentale. C’est plutôt une romance sous testostérone, et là encore, en évitant tout pathos excessif, en se refusant tout côté manichéen, en ne prenant pas partie pour l’un ou l’autre de ses personnages. Evan Glodell frappe en plein cœur et son histoire émeut, dérange, passionne. Ce n’est pas un film que l’on regarde, c’est un film que l’on ressent pleinement, une expérience aussi belle qu’inconfortable. A cela s’ajoutent de l’action et une réalisation sublime. En effet, son auteur, utilisant des lentilles de couleur (tout est fait sur le plateau) nous offre quelques scènes magnifiques, aux couleurs criardes (le jaune notamment) qui ajoutent un cachet assez unique et dynamisent cette histoire qui, loin d’être ennuyeuse, est intéressante d’un bout à l’autre sans longueur aucune.
Au final, Evan Glodell nous livre ici un film aussi magnifique qu’effroyable. Cette expérience est assez unique et mérite ardemment le détour.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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