Beyond the Grave

Brésil - 2010 - Davi de Oliveira Pinheiro
Titres alternatifs : Porto dos Mortos
Interprètes : Rafael, Tombini, Alvaro Rosa Costa, Ricardo Seffner, Amanda Lerias, Luciana Verch, Leandro Lefa, Tatiana Paganella, Adriano Basegio, Marcos Guarani, Felipe Longhi, Isidoro B. Guggiana, Claudio Benevenga, Cassiano Griesang, Daniel Bacchieri, Lindon Satoru Shimizu, Luca Tombini

Il suffit de jeter un rapide coup d’œil au curriculum vitae de Davi de Oliveira Pinheiro pour se rendre compte que l’intéressé est bien plus qu’un simple fanboy surmotivé qui se contente de recracher son amour du cinéma et ses influences dans un long métrage aussi fauché que bardé de bonnes intentions. Producteur de la série documentaire Boundaries of Thought, il donne par le biais de celle-ci la parole à différentes personnalités qui peuvent s’exprimer sur leur art d’une façon totalement libre, abordant aussi bien l’aspect social ou religieux, sans oublier la question morale, de leurs créations. Ne se limitant pas à un seul médium artistique, la série à vu défiler l’écrivain Michel Houellebecq, la critique féministe Camille Paglia, le plasticien cinéaste Peter Greenaway ou encore le compositeur Philip Glass. Prolongée sur le web, sous le nom Think Tank, la série ramène Wim Wenders dans la Chambre 666 pour l’interroger à son tour sur le futur du cinéma. Avec THE SOUL DETECTIVE (2009), qu’il réalise lui-même et dans lequel une interview de David Lynch est le point de départ d’une fiction opaque, Davi de Oliveira Pinheiro pose les bases formelles de son projet suivant, BEYOND THE GRAVE.
Sillonnant des routes quasi désertes sur lesquelles il croise parfois quelques zombies errants ou fugitifs apeurés, un flic pugnace est à la recherche de celui qu’il nomme le Dark Rider. Il s’agit d’un serial killer doté de pouvoirs surnaturels, un esprit maléfique capable de changer de corps et qui ne serait pas étranger à la malédiction ayant frappé notre planète, à moins qu’il ne représente tout simplement le futur du genre humain…
BEYOND THE GRAVE n’est pas un énième film de morts vivants, il se veut plus ambitieux en convoquant le mysticisme des œuvres de Jodorowsky (EL TOPO) ou de Richard Stanley (DUST DEVIL), en renvoyant à certains écrits de Stephen King (La Tour sombre, Le Fléau), et en imposant une mise en scène à la fois ample et précise, directement inspirée par Sergio Leone ou George Miller. Bien que toutes ces influences transpirent à l’écran, sans pour autant devenir envahissantes, un immense sentiment de frustration se forge rapidement à mesure que le film se déroule devant nos yeux. Visiblement doué et imaginatif, le réalisateur n’arrive pourtant jamais à imprimer durablement les ambiances qu’il installe, échouant ainsi à inscrire son film parmi les réussites du cinéma indépendants. Déjà peu aidé par une image vidéo assez quelconque et un mixage sonore presque inexistant, BEYOND THE GRAVE ne peut compter sur ses interprètes pour relever le niveau. Hormis Rafael Tombini, qui parvient à rester sobre et crédible dans le rôle du flic obsédé par sa quête, le reste du casting n’est clairement pas à la hauteur et enfonce le métrage dans la catégorie « film amateur tourné avec des potes », surtout lors des séquences dialoguées.
En développant son histoire de sorcellerie et en reléguant à les zombies à l’arrière-plan, le film évite de sombrer dans le gore outrancier et/ou l’humour lourdingue, généralement typiques de ce genre de production, à l’image de la saga PLAGA ZOMBIE (1997-2011) pour prendre un exemple provenant d’Amérique du Sud. Et lorsque l’on voit les maquillages très approximatifs des morts vivants, on se dit que c’est tant mieux. Les meilleurs passages du film sont finalement ceux où Davi de Oliveira Pinheiro filme le vide, cadre les espaces déserts ou fait évoluer ses personnages sans leur imposer une action. Car c’est là que le bât blesse, dès qu’il faut initier un mouvement, que ce soit le combat au début ou une séquence de discussion à plusieurs, l’apparente fluidité s’alourdit et les quelques instants de grâce ayant précédé sont effacés, laissant la place à une platitude encombrante et embarrassante.
En l’état, BEYOND THE GRAVE est loin d’être une infâme catastrophe, juste un brouillon en images d’une histoire originale qui pourrait devenir encore plus passionnante et captivante en étant légèrement retravaillée et doté d’un budget plus conséquent afin de corriger ses fâcheuses approximations formelles. Alors pourquoi ne pas proposer le sujet à quelqu’un comme Jodorowsky ou Richard Stanley ?


- Article rédigé par : Éric Peretti


=> Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons ce lien.