Chasse Gardée – Entretien avec Louis Soubeyran

Présentez-nous NoThune productions, quelles ont été leurs contributions?
No Thune Productions, c’est surtout un gag. Mon premier court s’appelait Ze Psikokileure, et on l’a tourné pour la (très) modique somme de 70 francs. Eh oui, c’était en 1994, soit à l’époque de la Préhistoire, quand on parlait encore en francs! C’est à cause de ça que j’avais mis au début du film « No Thune Productions présente »… Finalement, le gag s’est prolongé sur d’autres courts, toujours aussi fauchés. Je crois que le record a été battu avec Fucking Jogging, un court de 5 minutes qui n’a coûté que le prix des accessoires utilisés dans le film, à savoir 3 croissants et une bouteille de picrate, soit environ 15 francs à l’époque. No Thune n’avait au départ pas de réalité en tant qu’équipe puisque je cumulais les postes techniques, mais une vraie équipe s’est constituée au fil des projets, et je dirais qu’aujourd’hui le collectif No Thune se confond avec les membres de l’Association ENAC.

Pourquoi avoir choisi de tourner en mini-dv? Quels en sont les avantages, et inconvénients de ce format s’il y en a?
Evidemment, si les films étaient signés « Pleins de Thunes Productions », on l’aurait tourné en 35mm! Le seul inconvénient de la mini-DV, c’est de ne pas être encore un format assez « pro » au niveau de la qualité d’image. Mais les avantages restent nombreux : c’est peu coûteux, ça permet de tourner beaucoup de prises et d’improviser en fonction des idées parce qu’il n’y a pas la pression d’un support hors de prix comme la pellicule, et la sensibilité à la lumière reste tout à fait honorable, ce qui a permis d’envisager des scènes en clair-obscur. Et puis surtout, le tournage en numérique permet de modifier encore beaucoup de choses pour la post-production…

Chasse Gardée a une teinte particulière, comment avez-vous obtenu cet effet? Par exemple, Broken qui vient de sortir en dvd a également été tourné en mini-dv et l’image fait beaucoup plus « vidéo » que pour Chasse Gardée. Quel a été le travail effectué en post-production?
Là on entre dans la cuisine secrète du film! Le travail de post-production a consisté à appliquer plusieurs couches de filtres de retouche : luminosité, contraste, désaturation des couleurs… Et puis il y a un petit ingrédient mystère qui nous a aidé à donner un aspect « film » dont je suis vraiment très content. On m’a déjà demandé plusieurs fois avec quelle pellicule le film a été tourné, et je dois avouer que ça fait vraiment jubiler!

Les effets spéciaux de maquillage sont très réussis, qui en est l’auteur? Etait-ce son premier film? Donnez quelques exemples de techniques utilisées.
Nous avons eu deux maquilleurs sur le film, Pascal Stoumon qui a commencé le travail et qui a ensuite passé le relais à Marion Judes, membre de l’Association ENAC. Pascal n’avait alors jamais participé à un tournage, mais depuis il a nettement rattrapé le retard puisque le projet l’a incité à suivre une formation de maquillage effets spéciaux sur Paris. Marion non plus n’avait pas d’expérience d’effets spéciaux avant « Chasse Gardée », mais elle avait par contre participé à de nombreux spectacles de théâtre en tant que régisseuse et maquilleuse. Son approche très « graphique » du maquillage a très bien fonctionné pour les zombies en leur donnant un aspect assez expressionniste.
Nous avons dès le début du projet défini plusieurs niveaux de maquillage, en fonction de l’emplacement des zombies dans le cadre. En gros, un zombie de deuxième plan ou d’arrière plan était maquillé uniquement avec du fond de teint et des traits noirs pour renforcer l’aspect cadavérique. Pour les zombies filmés de plus près, et plus particulièrement la Femme Zombie qui a un rôle très important et qui est très présente à l’image, y compris en très gros plan, des prothèses en latex ont été sculptées et réutilisées plusieurs fois de suite.

Comment avez-vous choisi la bande-son du film? Qui est l’auteur de la musique originale? C’est très orienté rock/metal par moment, c’est une touche personnelle de votre part?
J’ai voulu autant que possible utiliser des musiques de groupes locaux que nous pouvions approcher et qui auraient une vraie implication dans leur participation au film : Rien, Elevate Newton’s Theory ou Malmonde sont des groupes grenoblois qui ont déjà sorti des disques, et nous leur avons donc demandé leur autorisation d’utiliser certaines de leurs chansons. D’autres groupes grenoblois autoproduits ont également participé, comme Hidden Side, qui nous a même écrit une chanson spécialement pour le film!
Pour le côté rock/métal, c’est vrai que j’adore les bande-sons qui mélangent des morceaux doux et d’autres moments qui dépotent, alors je ne m’en suis pas privé sur ce film. Au-delà du côté rock/métal, je voulais essayer de créer un patchwork sonore qui traduise aussi tous les états « extrêmes » par lesquels passe le héros tout au long de l’histoire.

Comment est distribué votre film?
Comme le scénario est adapté d’une bande dessinée publiée aux Etats-Unis par Dark Horse, j’ai commencé par leur envoyer une copie du film pour « rendre à César ce qui appartient à César » et en espérant avoir un retour de leur part. Ce qui est formidable c’est qu’ils ont adoré le film, et qu’ils envisagent du coup de le sortir en DVD aux Etats-Unis!
Le seul problème pour l’instant, c’est que, comme il ne dure que 40 minutes, on cherche un deuxième moyen métrage à « coller » à Chasse Gardée pour pouvoir sortir un DVD « double feature ». J’ai proposé pour l’instant à Dark Horse un autre moyen métrage grenoblois « de genre » qui va être fini à la fin de l’année et qui’ s’intitulera Burn Paris Burn.
J’ai quand même demandé à Dark Horse quelles seraient leurs conditions pour que je puisse montrer Chasse Gardée en France, et ils m’ont donné leur bénédiction pour le diffuser dans des festivals ou autres projections en salle du moment qu’aucun argent n’est perçu. J’avoue que ça me convient tout à fait, le plus important c’est que le film soit montré et vu par les fans français du genre qui n’ont eu que « Le Lac des Morts Vivants » de Jean Rollin à se mettre sous la dent comme film de zombies français depuis des années!
Chasse Gardée a également eu le Prix de l’Horreur au festival Court Métrange de Rennes. Et il a été diffusé une douzaine de fois sur grand écran depuis plusieurs mois. J’essaye de le faire vivre le plus possible sur grand écran en attendant d’avoir une réponse ferme de Dark Horse.
Et j’espère surtout qu’un deal pourrait être envisagé bientôt entre Dark Horse et un distributeur français pour un DVD zone 2!

Pour conclure, avez-vous des projets pour le futur? Lesquels?
Je suis en train d’écrire une comédie noire avec des vampires, que je devrais commencer à tourner au printemps. C’est un projet qui pourra, comme Chasse Gardée, être tourné en autoproduction, en décors naturels.
J’ai aussi d’autres courts déjà écrits, mais que je laisse de côté pour l’instant car leur contenu nécessiterait de plus gros budgets. Dans le genre « trop cher pour l’instant », j’ai également écrit un slasher, Plaines de Sang, que je voudrais retravailler pour en faire un vrai bon scénario de long.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour les lecteurs de Sueurs Froides?
Déjà que je suis très heureux de pouvoir présenter mon film sur votre site, et que j’espère surtout que ceux qui ont envie de le voir pourront bientôt assouvir cette envie! C’est difficile de donner une vraie visibilité à des films autoproduits, mais que tous ceux qui souhaiteraient organiser une projection de Chasse Gardée n’hésitent pas à m’écrire pour que je leur envoie une copie du film!

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