Dealer

Petit dealer sans grande envergure, Dan (joué par… Dan Bronchinson) dirige son petit monde d’une routine bien rodée, gérant les emmerdes du quotidien, comme son ex qui le tanne pour la pension alimentaire de la petite, ou son actuelle – prostituée au crochet duquel il vit -, d’une humeur parfois agressive. Il rêve en secret d’économiser assez pour faire table rase de sa vie, s’expatrier en Australie pour repartir de zéro, du moins avec plein d’oseille en poche. Et son rêve pourrait bien se concrétiser, maintenant qu’un de ses clients lui demande de lui trouver sans délai un kilo de cocaïne. Un maximum de bénéfices en perspective… si ce n’est que Dan s’était fixé comme règle de ne pas approcher le marché de la coke. Et il s’était même fixé plein d’autres règles qu’il va enfreindre tout au long de la journée. Et puis aussi découvrir douloureusement pourquoi il se les était fixée.

DEALER a été programmé à l’Etrange festival 2014, aux hallucinations Collective de Lyon, au 33e Brussel International Fantastic film festival et au festival du Film policier de Liège 2015. On avoue s’être rendu à la projo sans enthousiasme, la bande annonce nous laissant dubitatif. Et pourtant, c’est une pure pépite que ce DEALER, de la bonne pas coupée, du 100% pur genre.

Le scénario et la réalisation ont trouvé l’alliage parfait entre tension et humour (très) noir. La tension ne descend rigoureusement jamais pour cette descente aux enfers de son anti-héros. Lequel commente par une savoureuse voix off ses actions et errements.

Mention spéciale aussi aux dialogues qui, dans un genre plus cru et moins poétique, n’en sont pas moins dignes d’un Michel Audiard. Du tout grand art. Ce qui nous fait d’autant plus regretter cette tare qui mine la moitié au moins des films français : la prise (ou le mixage) du son, qui rend peu audible ou compréhensible nombre de répliques.
Le genre policier donne parfois en France de belles réussites et ce DEALER nous a rappelé l’ambiance de la série BRAQUO d’Olivier Marchal. On ne cite pas au hasard, puisque l’acteur Salem Kali, qui joue le rôle de … Salem, figurait au casting de BRAQUO (ainsi que de COLT 45 pour ceux qui ont vu ce Fabrice du Welz « commercial »… d’ailleurs remonté par ses producteurs pour se rapprocher d’une production Olivier Marchal !).

Attention âmes sensibles (quoique le Sueur Froidiste assidu est habitué à pire) : les scènes violentes, si elle restent parcimonieuses, éclatent par contre avec une crudité graphique qu’on ne devine pas et qui participent pleinement à la réussite de l’ensemble.

Enfin, notons que la fin permettrait d’enclencher sur une suite, sans que jamais celle-ci se révèle nécessaire. Ouvert à un deuxième opus, DEALER se suffit cependant à lui-même. En ces temps de franchise qui mettent trois films à se mettre en place, on salue.

A l’heure de rédiger cette chronique, nous n’avions pas de nouvelles quant aux dates de sortie en salle, mais guettez-les pour faire triompher ce DEALER qui se révèle comme un maitre choix pour les amateurs de thrillers policiers.

Avec ce premier long métrage, Jean Luc Herbulot entre dans la galaxie des espoirs à suivre de près.

Retrouvez nos chroniques du BIFFF 2015


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare