Doomsday book

Corée du Sud - 2012 - Pil-Sung Yim, Kim Ji-Woon
Interprètes : Joon-ho Bong, Jin Ji-hee, John D. Kim

Film à sketch portant sur la fin du monde, Doomsday book a été présenté en compétition au Paris International Fantastic Film Festival en novembre 2012. Trois segments structurent ce film. Le premier, et le plus drôle de la trilogie, porte sur une épidémie, considérée dans un premier temps comme une violente grippe, qui se répand à vive allure dans une ville coréenne et transforme ses habitants en zombies assoiffés de sang.
Le second, très bavard, s’intéresse à l’éveil de la conscience d’un robot travaillant comme serviteur dans un temple bouddhiste. Le dernier, beaucoup plus léger que ses prédécesseurs, suit les pas d’une famille qui sans le vouloir, a déclenché la venue d’une comète dont la trajectoire la mène tout droit sur la Terre.

La difficulté courante des films à sketch est qu’il suffit d’un morceau au-dessous des autres pour que le souffle retombe aussitôt. Doomsday book ne fait malheureusement pas exception à la règle. Le 2ème sketch, paradoxalement le plus original et le plus ambitieux dans son histoire, est le plus faible de la série. A l’exception de deux ou trois scènes, le film se déroule dans un monastère bouddhiste où se confronte les principaux protagonistes. L’ensemble de la communauté dans laquelle émerge une jeune femme qui n’a pas sa langue dans sa poche, le moine « intendant » qui a fait à appel au service de réparation du robot, ce dernier, le directeur de la compagnie et ses sbires qui a construit les automates et enfin le réparateur dont le rôle est primordial dans le déroulé de l’histoire. Tout ce petit monde s’interroge à haute voix, philosophe sur le fait qu’un robot puisse devenir bouddha, c’est-à-dire développer une conscience, une foi, une intelligence dévouée à un sentiment religieux. Si le sujet est effectivement d’une portée métaphysique hautement estimable, il reste que cinématographiquement le court-métrage s’enlise dans des dialogues manquant de vraisemblance, d’une suite de tirades récitées et d’une mise en scène inexistante. Reste le robot, plastiquement impressionnant et un final plutôt malin. Pour autant, ce segment pêche par excès d’intelligence, on est plus proche d’un discours philosophique (niveau terminal) que de cinéma.

La première saynète traite d’une épidémie qui transforme toute une population urbaine en horde de zombies cherchant à planter leurs crocs dans la chair des derniers survivants. Si l’histoire a déjà été racontée cent fois, le regard porté par le réalisateur lui donne une coloration et un goût qui redonne de la saveur à un vieux plat. Parcourant le chemin d’une tomate moisie jetée aux poubelles par le personnage principal qui, comble de la malchance, se retrouvera plus tard dans son steak commandé au restaurant (pour schématiser, la tomate se retrouvera broyée puis transformée en farine animale pour le bétail), le metteur en scène met l’accent sur l’industrie agro-alimentaire et sur notre production toujours plus élevée de déchets. En résumant, le germe de notre destruction est déjà contenu dans notre mode de vie. Le sous-texte écolo, critique d’une société de consommation inconsciente, débilitante et un humour bien servi par des personnages hagards permettent à ce sketch de se hisser bien au-dessus des deux autres. C’est d’autant plus regrettable qu’il est le premier, et par conséquent, la déception du deuxième et dans une moindre mesure du troisième sketch, sera d’autant plus décevante.

Pour dire quelques mots du dernier segment réalisé par l’auteur de « J’AI RENCONTRE LE DIABLE », Kim Jee-Woon, on est ici plus proche de la grosse farce. Sans déflorer le mystère de cet étrange astéroïde, la fin du monde est vécue ici du point de vue d’une famille coréenne moyenne, le père, la mère, la fille et l’oncle. Plus proche du blague potache qu’autre chose, ce dernier sketch, très drôle lui aussi, n’apporte pas grand-chose de plus aux deux autres précédents.

Inégal comme bon nombre de film à sketchs, Doomsday book en porte le poids justement à cause d’un deuxième sketch interminable. Le troisième plus léger, peut-être un peu trop d’ailleurs, permettra difficilement au spectateur mis KO juste avant, de reprendre intérêt à la fin du monde façon coréenne.


- Article rédigé par : Maï Painblanc


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