Draguse ou le manoir infernal : horreur porno

France, Belgique - 1975 - Patrice Rohmm
Titres alternatifs : Draguse, le Manoir de Draguse, Vice et luxure, Drague ou les perversions lubriques
Interprètes : Olivier Mathot, Monica Swinn, Erika Cool, Sylvie Bourdon, Claudine Beccarie

Au milieu des années ’70, la vague porno déferle sur la France. Des amateurs de fantastique y voient l’opportunité de tourner des films répondant à leurs envies en mélangeant inspiration gothique et brèves visions horrifiques au schéma routinier du X. Aux côtés de Jess Franco ou Jean Rollin (pour citer les plus célèbres), Patrice Rohmm participe modestement au mouvement avec le conte macabre Draguse ou le manoir infernal.

Un écrivain (Olivier Mathot) en manque d’inspiration accepte le conseil de son éditeur : délaisser pour un temps les livres historiques afin d’écrire un bouquin « de cul », genre alors en vogue. Après diverses déambulations dans le Paris sexy de l’époque, le romancier échoue dans la maison d’une certaine Draguse…

Draguse ou le manoir infernal : horreur porno

Entre série Z et Série X

Draguse ou le manoir infernal touche au mythe du succube afin de composer une œuvrette hybride, entre sexe et sang. Toutefois, le premier élément reste largement dominant. La réalisation de Patrice Rohmm tente donc de mélanger le fantastique à l’érotisme, voire l’horreur au porno. Tentative délicate. Les Américains avaient, certes, proposés des films hybrides plus ou moins convaincants à la suite du classique L’enfer pour Miss Jones comme Hard gore, Femme ou démon, Pandora’s Mirror, Defiance, etc. Rohmm n’a pas les mêmes ambitions, ni les mêmes moyens. Il a pourtant scénarisé, sous son véritable nom (Patrice Rondard), le gros succès populaire Banco à Bangkok pour 0SS 117 avant d’écrire le chef d’œuvre La plus longue nuit du diable. Mais, comme beaucoup, il se reconverti ensuite dans le film osé : ses dix réalisations seront des films pour adultes, soft ou hard. Pour Eurociné il livre ainsi deux Naziexploitations, le piteux Helga la louve de Stillberg et le plus réussi Elsa Fräulein SS. Passant au hard, il réalise une poignée de titres dont Les bidasses et la baiseuse. Un titre qui donne envie de découvrir le résulta (ou pas).

Le début du film se veut léger avec cet écrivain d’un certain âge contraint (et presque forcé) de se reconvertir dans le porno pour gagner sa croute. Faut-il y voir une critique cynique d’une époque qui ne jurait plus que par la série rose ? Peut-être, d’autant que le cinéaste filme longuement son « héros » déambuler dans les rues parisiennes et le laisse commenter les titres saugrenus des nombreux X proposés par les cinémas de la capitale. La séquence, nostalgique, se pare aujourd’hui d’une vraie valeur sociologique et constitue un témoignage d’une époque révolue. Elle reste cependant bien longuette.

La seconde moitié verse plus frontalement dans le fantastique mais aussi dans le hard, quoiqu’Olivier Mathot soit doublé pour les passages chauds. On croise les spécialistes du porno de l’époque pour quelques scènes vite emballées. Claudine Beccarie, célèbre pour les pseudos documentaires Exhibitions et Exhibitions 79 voisine Sylvia Bourdon (« star » de Exhibition 2) et les deux hardeuses belges Monica Swinn (Les Nuits brulantes de Linda) et Erika Cool (Bordel SS). Les scènes hard, majoritairement à base d’inserts, ne sont pas franchement excitantes, à l’exception d’une assez réussie séquence lesbienne et sado-maso qui convie toute l’imagerie nazie.

Draguse ou le manoir infernal : horreur porno

Pure curiosité à valeur historique

Si on apprécie la tentative de combiner érotisme et fantastique dans une ambiance étrange, le film reste toutefois décevant. Les éléments horrifiques restent trop discrets pour contenter les amateurs et le côté sexy, à l’exception de la scène naziexploitation précitée, parait léger et sans grand intérêt. Les quelques notes d’humour, le final intrigant plutôt bien troussé et l’aspect historique atténuent néanmoins la déception.

Draguse ou le manoir infernal constitue, au final, davantage une curiosité qu’une réelle réussite mais les amateurs de films étranges seront toutefois heureux de visionner cet artefact des années 70 dans d’excellentes conditions et accompagné de bonus fort intéressants.

Test du Blu-ray chez Sin’Art


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell