Enigma rosso

Un texte signé Philippe Chouvel

Italie, Espagne, Allemagne - 1978 - Alberto Negrin
Titres alternatifs : Red Rings of Fear, Orgie des Todes, Virgin Killer, Trafico de menores
Interprètes : Fabio Testi, Christine Kaufmann, Ivan Desny, Jack Taylor, Fausta Avelli, Silvia Aguilar

Le cadavre d’une lycéenne de seize ans est retrouvé dans une rivière, dans une bâche en plastique transparent. Elle s’appelait Angela Russo et fréquentait le pensionnat de jeunes filles Sainte Teresa. L’inspecteur Gianni Di Salvo (Fabio Testi) est chargé de l’enquête. Il apprend, grâce au témoignage d’Emily, la petite sœur d’Angela, que cette dernière était très proche de Franca, Paola et Virginia, copines de classe, et complices au point d’avoir créé le clan des « Inséparables ». Toujours grâce à l’aide précieuse d’Emily, Di Salvo réalise, en lisant le journal secret d’Angela, que le quatuor fuguait régulièrement du pensionnat afin de participer à des soirées spéciales au cours desquelles elles monnayaient leurs charmes.
Adepte de la méthode forte, l’inspecteur de police tente de faire parler les trois filles, mais il se heurte à un mur. Pourtant, il apparaît évident que les « Inséparables » courent un grave danger.
Le décès de Massimo Dallamano dans un accident de voiture, à la fin de l’année 1976, empêcha le réalisateur de transformer en trilogie son diptyque constitué de « MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? » (1972) et « LA LAME INFERNALE » (1974). C’était pourtant, apparemment, son souhait, et il avait d’ailleurs commencé à écrire l’histoire de ce troisième opus. Mais le destin en décida autrement, et c’est l’obscur Alberto Negrin, issu de la télévision, qui réalisera finalement « ENIGMA ROSSO », troisième et dernier volet consacré à un trafic de prostitution de jeunes lycéennes organisé par les notables d’une ville.
On retrouve dans ce film les ingrédients principaux des deux autres, avec quelques scènes de nudité présentes dans « SOLANGE », et encore plus appuyées ici (une scène de douche complaisante digne d’un « Women In Prison », et quelques flash-backs d’orgies où l’on nous montre qu’un olisbos peut être tout autant un objet de plaisir que de douleur) ; et la présence d’un mystérieux motard, comme dans « LA LAME INFERNALE ». Et puis, surtout, Fabio Testi est de la partie, comme dans le premier volet. Il campe ici un flic aux méthodes, dirons-nous, peu orthodoxes, n’hésitant pas à effectuer une descente nocturne dans le pensionnat, et forcer la porte des chambres occupées par les enseignants, puis dans celle des trois filles, sans la moindre retenue. Egalement, on retiendra ce passage étonnant dans lequel il traîne de force le gérant d’une boutique de fringues (joué par l’excellent Jack Taylor) dans une fête foraine, le pousse dans un « Grand 8 », et ne cesse de le secouer durant tout le trajet pour le faire parler (la victime ayant de plus le vertige). Mais le policier sait faire preuve, aussi, de diplomatie, et se montrer paternaliste. Sa complicité dans le film avec la petite Emily est d’ailleurs l’une des réussites du film. C’est Fausta Avelli qui incarne cette enfant précoce, dans un registre proche de Nicoletta Elmi. Bien que la petite Fausta soit moins célèbre, on a pu néanmoins la voir dans « L’EMMUREE VIVANTE » et « PHENOMENA ».
Le film ayant été coproduit entre l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, le casting est donc composé d’acteurs venant d’horizons divers. En dehors des renommés Fabio Testi et Jack Taylor (grand habitué des œuvres de Jess Franco), on retrouve dans « ENIGMA ROSSO » les charmantes Helga Liné (actrice allemande qui fera une bonne partie de sa carrière en Espagne) et Christine Kaufmann (« MURDERS IN THE RUE MORGUE »), hélas dans de petits rôles, de même que le talentueux Ivan Desny (« SHERLOCK HOLMES ET LE COLLIER DE LA MORT »). Enfin, parmi les jeunes pensionnaires, on retiendra avant tout la prestation honorable de Silvia Aguilar, que les fans de Paul Naschy ont pu apercevoir dans quelques uns de ses films, notamment « HUMAN BEASTS » et « NIGHT OF THE WEREWOLF ».
Globalement, Alberto Negrin (dont ce sera l’unique collaboration pour le cinéma) a rempli son contrat honorablement, livrant un giallo d’honnête facture, mais sans grande originalité. Il souffre néanmoins de la comparaison avec ses deux prédécesseurs, par rapport auxquels « ENIGMA ROSSO » reste quand même bien inférieur. A sa décharge, il faut reconnaître que la tâche s’avérait délicate, tant les deux films de Dallamano étaient réussis. En dehors de « SOLANGE » et « LA LAME INFERNALE », on pourrait également rapprocher « ENIGMA ROSSO » du « … A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA… » de Mario Caiano, de par son sujet.
L’exécution des meurtres, dans « ENIGMA ROSSO », s’avère peu spectaculaire, en règle générale. Cependant, une scène est particulièrement réussie, où l’une des pensionnaires perd l’équilibre après avoir marché sur des billes. Elle s’agrippe à une statue, celle-ci chancèle et dévale des escaliers avec la malheureuse tentant de s’agripper tant bien que mal. Esthétiquement, ce passage est superbe, le décor du pensionnat inquiétant à souhait ; cette idée bien exploitée démontre que le réalisateur a un minimum de talent.
Du talent, Riz Ortolani n’en manque pas, également, et c’est lui qui a composé la bande originale du film. Quelques sections de cuivres donnent un peu de nervosité et de rythme à l’ensemble, mais on reste loin, là encore, des partitions exceptionnelles d’Ennio Morricone dans « SOLANGE », et de Stelvio Cipriani dans « LA LAME INFERNALE ».
Dans tous les registres, « ENIGMA ROSSO » ne peut que souffrir de la comparaison avec les deux chefs d’œuvre de Massimo Dallamano, qui demeurent des classiques du thriller transalpin. Alberto Negrin, quant à lui, retrouvera la petite lucarne après cet essai presque transformé pour le cinéma de genre. A ce jour, il réalise toujours des téléfilms dans une relative discrétion, très loin des quelques scènes sulfureuses composant ce giallo tombé quasiment dans les oubliettes.


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- Article rédigé par : Philippe Chouvel

- Ses films préférés : Femina Ridens, Les Démons, Danger Diabolik, L’Abominable Docteur Phibes, La Dame Rouge Tua 7 Fois

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