Flossie

Le jeune diplomate Jack Archer est muté à Stockholm dans le cadre de son travail. Cet homme élégant et bien élevé paraît s’adapter très rapidement à sa nouvelle vie, d’autant plus que la capitale suédoise regorge de jolies femmes. Il fait ainsi la connaissance, lors d’une promenade, de la jeune Flossie, petite blonde au regard mutin, et d’Eva Leander, plus âgée, qui n’est pas la mère de Flossie, mais plutôt sa protectrice. Les deux femmes habitent dans un vaste domaine, et elles convient le diplomate à venir les voir le lendemain. Jack répond à l’invitation, mais en arrivant, il se retrouve seul en compagnie de Flossie, Eva s’étant habilement éclipsée. Commence alors entre le duo un long et subtil jeu de séduction…
Le suédois Mac Ahlberg, avant de se lancer dans la mise en scène, se fit d’abord connaître dans le monde du cinéma en tant que directeur de la photographie. Il travailla, au début des années 1960, pour la télévision suédoise, puis pour quelques réalisateurs inconnus chez nous, avant de se lancer dans une carrière de metteur en scène. Il va de suite se spécialiser dans le créneau érotique, et de ce fait la majeure partie des films (une douzaine environ) qu’il réalisera relève du domaine de la sexploitation. Cela dit, Ahlberg est un féru de la littérature classique, si bien que bon nombre de ses œuvres seront des adaptations de nouvelles ou de livres, comme sa version de « FANNY HILL » (à l’origine, un roman de John Cleland), « NANA » (d’après Zola), « JUSTINE OCH JULIETTE » (Sade, évidemment), « BEL AMI » (Maupassant) et enfin « MOLLY » (d’après le « Moll Flanders » de Daniel Defoe).
A la fin des années 1970, Mac Ahlberg abandonne la mise en scène et part aux Etats-Unis. Là bas, il reprend sa première activité, et va travailler dans un créneau complètement différent, celui de séries B à caractères horrifique ou fantastique. Ainsi son nom se voit-il associé à des films à succès tels « PARASITE », « GHOULIES », « RE-ANIMATOR », « HOUSE », « FROM BEYOND » ou encore « PRISON », la plupart étant des productions de Charles Band, avec qui Ahlberg va entretenir une longue collaboration, qui perdurait encore ces dernières années avec « EVIL BONG », par exemple. En certaines occasions, Mac Ahlberg aura eu le privilège de collaborer avec des grands noms du cinéma, comme John Landis, sur « L’EMBROUILLE EST DANS LE SAC » (le remake de « OSCAR »), « INNOCENT BLOOD » et « LE FLIC DE BEVERLY HILLS 3 ».
De son passé de metteur en scène, on retiendra que « FLOSSIE » est à ranger sans nul doute parmi les fleurons du cinéma érotique, et fut à l’époque l’un des plus grands succès au box-office français, avec environ 1,5 millions entrées. La première bonne idée d’Ahlberg est d’avoir fait de son personnage masculin principal, Jack Archer (joué avec talent par le méconnu Jack Frank), le narrateur de l’histoire, faisant du personnage le trait d’union entre l’intrigue et le spectateur. Mais la force du film tient surtout dans la solidité de son scénario, et dans son écriture, si bien qu’il s’en dégage, en le visionnant, une force érotique intense autant dans les images que dans les dialogues. Le montage mélange avec habileté le présent et le passé, par l’entremise de flashbacks dans lesquels les deux principaux protagonistes (Flossie et Archer) racontent leurs aventures sexuelles. Le ton est au libertinage, traité avec classe, et beaucoup de subtilité. Avec une écriture soignée, des décors magnifiques et des acteurs au diapason, l’essentiel est assuré. On réalise, au fil de l’histoire, que le metteur en scène s’est efforcé à donner une image ludique au sexe. Ainsi, on se rend compte que toutes les situations conduisant à une scène érotique partent sur le concept du jeu. Effeuillage, masturbation, saphisme, triolisme… tout n’est que jeu à l’origine. L’amour et le sexe sont traités avec un naturel désarmant, sans jamais chercher à intellectualiser un sujet qui ne s’y prête d’ailleurs pas.
Le sexe, dans « FLOSSIE », est joyeux tout autant qu’excitant, en partie grâce à la formidable Marie Forsa, qui jouait ici pour la première fois devant la caméra de Mac Ahlberg. Par la suite, elle sera la vedette de la plupart de ses autres films : « JUSTINE OCH JULIETTE », « BEL AMI » et « MOLLY », dans lesquels elle côtoiera (sans avoir « officiellement » des scènes de sexe non simulées) Harry Reems et Eric Edwards, deux légendes du hard américain (la suédoise aurait d’ailleurs eu une liaison avec ce dernier).
Marie Forsa, malgré une courte carrière, garde le privilège d’avoir partagé le titre d’égérie du cinéma érotique suédois avec Christina Lindberg. On ignore ce qu’elle devînt après avoir arrêté le cinéma, et le public peut seulement se consoler en revoyant ses prestations remarquables dans les films de Mac Ahlberg, mais aussi dans ceux de Joe Sarno (« LE CHATEAU DES MESSES NOIRES », « BABY LOVE » et « BUTTERFLY »).
Distribué en France en 1975, lors du boum du porno, « FLOSSIE » possède un montage alternatif comprenant des inserts pornographiques, dont certains avec des acteurs du film (comme la scène de la surveillante et du jardinier). Cela étant, le montage soft originel possède la particularité d’aller très loin dans l’érotisme, allant même jusqu’à flirter allègrement avec le porno en de nombreuses occasions. Il n’est pas courant, en effet, de voir des sexes en érection, des tripatouillages de zizis et de testicules ainsi que des fellations à peine dissimulées dans une production érotique standard.
Si l’on rajoute une bande musicale entraînante, un rock jazzy tendance progressif dû au talentueux guitariste Janne Schaffer, on peut considérer que « FLOSSIE » est à ranger parmi les grandes réussites du genre, un classique de l’érotisme comme seules les années 1970 ont pu nous en offrir.

Philippe Chouvel

Ses films phares :
Femina Ridens, Les Démons, Danger Diabolik, L’Abominable Docteur Phibes, La Dame Rouge Tua 7 Fois


FICHE TECHNIQUE :
Suède - 1974
Titre alternatif : Les expériences sexuelles de Flossie, Flossie the Teenage Nymph
Réalisation : Mac Ahlberg
Interprètes : Marie Forsa, Jack Frank, Anita Ericsson, Kim Frank, Gunilla Göransson...