Ghosts … of the civil dead

Australie - 1990 - John Hillcoat
Interprètes : Mike Bishop, David Filed, Chris Derose, Kevin Mackey, Nick Cave

Un 25 octobre, un événement tragique survient dans un établissement pénitencier d’Australie. De quoi s’agit-il, quel enchaînement a-t-il conduit à ce dénouement et quelles en seront les conséquences ? Voilà en substance le propos de GHOSTS … OF THE CIVIL DEAD qui va nous ramener dans les mois précédant ce 25 octobre pour y suivre la vie déliquescente des prisonniers et des matons.

Le film de prisonniers est un genre en soi, qui a souvent permis l’émergence d’œuvres fortes. En cause, la réunion de facteurs propices : un microcosme fermé (l’unité de lieu de la dramaturgie classique) suscitant l’exacerbation des passions, et bien évidemment la fascination des spectateurs pour le mal, la violence et la déchéance.

La prison nous est montrée dans son expression classique, recréant une culture, un modus vivendi basé sur le trafic de stupéfiants et une certaine autonomie laissée aux prisonniers, permettant de contenir la violence larvée inhérente à l’enfermement et au désespoir.

La menace, pour une fois, viendra de l’extérieur, par le biais de décisions bureaucratiques absurdes, ou porteuses d’un agenda caché, contre lesquelles ni les prisonniers, ni le personnel surveillant ne peuvent lutter. Au fil des mois, le régime carcéral va se durcir au gré des frustrations grandissantes engendrées par la privation d’effets personnels, la restriction des sorties en cour ou des activités de détente, le sevrage brut créé par l’arrêt net du trafic de drogues… La misère des prisonniers va insensiblement se transformer en désespoir, facteur de violences entre prisonniers, d’auto-mutilations, d’agressivité exacerbée et d’agressions contre le personnel.

Le script prend donc l’angle original de créer un ennemi invisible et intouchable, imperceptible même et dont on ne peut légitimement soupçonner de mauvaises intentions. Un ennemi contre lequel il est impossible de lutter.

Le final, très noir, nous ramène au meilleur du cinéma des ’70, dénonciateur d’un extrême cynisme manipulateur.

On ne peut que louer le reste du métrage : de la mise en scène inspirée au rythme parfaitement maîtrisé, en passant par la photographie de toute beauté. Film choral, GHOSTS révèle une galerie de personnages crédibles interprétés avec justesse. Les amateurs de rock reconnaîtront parmi eux un Nick Cave halluciné repeignant de son sang sa cellule (Pete Doherty, ce film est pour toi !). La bande son convie d’ailleurs la bande habituelle du chanteur : Blixa Bargeld, Mick Harvey, Lydia Lunch…

GHOSTS OF THE CIVIL DEAD est une œuvre très rarement montrée en France : ne bénéficiant ni de passages télévisés, ni d’édition dvd, elle n’a en outre connu que deux projections publiques : aux éditions 1995 et 2009 de l’Etrange Festival, un événement dont l’indéniable rôle de défricheur mais aussi d’exhumeur de pellicules injustement oubliées est une fois de plus mis en évidence. Au vu de la qualité de l’œuvre, et sachant que le nouveau film de son réalisateur est, lui, sélectionné au Festival de Venise (2009), nous ne pouvons que conseiller à un éditeur dvd de se lancer sur ces Ghosts qui méritent mieux que leur « cultural death » actuelle.


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare