Giallo

Italie- Etats-Unis - 2009 - Dario Argento
Interprètes : Adrien Brody, Emmanuelle Seigner, Elsa Pataky

Dans une grande ville d’Italie, une jeune touriste japonaise est enlevée par un homme conduisant le taxi qu’elle venait de prendre. Le lendemain, c’est au tour de la « top-model » Céline (Elsa Pataky) de se retrouver séquestrée par le même individu qui semble garder quelques temps ses victimes avant de les mettre à mort. Linda (Emmanuelle Seigner), la sœur aînée de la jeune femme, harcèle l’inspecteur Enzo Avolfi (Adrien Brody) pour que celui-ci mette tout en œuvre pour retrouver Céline ;le policier lui fait comprendre qu’ils sont sur les traces d’un tueur en série. Peu après, la jeune japonaise est retrouvée agonisant dans une rue ; elle a le temps de murmurer que son assassin est… « jaune » !

Le vingt et unième long-métrage de Dario Argento était attendu par ses derniers aficionados comme la possible promesse d’un retour aux sources, avec son titre sonnant comme une éventuelle synthèse personnelle d’un genre (le « giallo ») que le réalisateur avait remodelé et transcendé dans les années 70 et jusqu’au début des années 80. Des titres comme QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS (1971), LES FRISSONS DE L’ANGOISSE (1975) ou TENEBRES (1982) sont des pierres angulaires du thriller transalpin tandis que PHENOMENA (1984) ou OPERA (1987), bien qu’inférieurs, restent des références incontournables que l’on continue de citer ou de plagier. De l’avis général, les années 2000 marquent la déchéance artistique d’un Dario Argento incapable de se renouveler et alignant un médiocre giallo (LE SANG DES INNOCENTS, 2001), un thriller sans âme (THE CARD PLAYER, 2004) ou un déconcertant LA TROISIEME MERE (2007). Tourné à Turin (la ville fétiche du réalisateur), scénarisé par deux auteurs américains admirateurs des films du maestro, co-produit par le très « bankable » Adrien Brody (KING KONG de Peter Jackson, 2005), lui aussi passionné par l’œuvre de l’auteur de SUSPIRIA (1977), le projet GIALLO semblait tout réunir pour un retour tant espéré à l’univers et au style si particuliers de Dario Argento ; la déconvenue est de taille. Outre que le film fut jugé trop faible pour qu’un distributeur accepte de le sortir en salles (même en Italie, une « première » pour le réalisateur), la production s’est vue intenter un procès (qu’elle a perdu) par l’acteur Adrien Brody pour salaire non-versé ! Mais la vraie déception provient du fait qu’en dépit de son titre emblématique, GIALLO…n’en est pas un ! Exit donc le tueur racé aux gants de cuir noir, les meurtres ritualisés, le fétichisme des armes blanches, l’érotisme gratuit, le glamour des actrices et la stylisation de la mise en scène. Place à une intrigue banale de thriller à l’américaine où le tueur est rapidement présenté aux spectateurs, où les scènes de meurtres sont filmées principalement hors-champ, où la mise en scène se fait transparente, fonctionnelle. Le film déroule alors un récit très balisé qui fait alterner les scènes d’enquête routinières et les séquences se déroulant dans l’antre du monstre ; ces dernières sont d’une platitude absolue, desservies par leur absence de violence graphique (excepté le plan où Céline, la captive, se fait trancher un doigt ce qui provoque un élégant geyser de sang) et le manque de charisme du tueur, plus proche de l’idiot du village que d’un épigone de Hannibal Lecter. Ces deux axes narratifs sont de plus filmés de manière bien peu inspirée, accumulant les longs plans fixes, un montage sans rythme, une absence de gestion de l’espace (qu’est devenue la maestria visuelle de Dario Argento concernant la mise en valeur de l’architecture ?), une photographie terne, bref, une forme télévisuelle. On pourrait alors avancer que le réalisateur italien a sciemment mis de côté son style opératique et ses narrations délirantes au profit d’une recherche de l’efficacité et de la simplicité qui vont de pair avec le genre traité ici. Malheureusement, le film achoppe également en ce qui concerne ces deux points, les scènes d’action se révélant plutôt faibles et sous-traitées (voir la pathétique séquence de course-poursuite dans l’escalier de l’hôpital entre l’inspecteur et le tueur présumé, chacun rivalisant de maladresse) et le scénario multipliant les invraisemblances (l’extrême facilité avec laquelle les deux enquêteurs localisent l’assassin, le passé traumatique de l’inspecteur Avolfi auquel on ne croit guère…). Finalement, les aspects vraiment positifs de GIALLO sont très ténus et très épars ; on peut les apercevoir à travers la présence de certains motifs ou thématiques « argentesques » (l’opéra, la couleur utilisée de façon symbolique, le trauma infantile, la ville désincarnée comme reflet de l’espace mental…) qui semblent utilisés ici par un réalisateur ayant vu deux ou trois grands films de Dario Argento ! La déception concernant l’interprétation est à la mesure de ce que l’on a dit pour la mise en scène : elle est terne et ce, malgré la présence de comédiens solides ; Adrien Brody semble bien effacé, peu concerné par son rôle de « profiler » tourmenté et Emmanuelle Seigner (LA NEUVIEME PORTE de Roman Polanski, 1999) est plutôt transparente. Si GIALLO peut se regarder cependant (comme on le ferait avec un quelconque épisode de série américaine type « Les experts »), on peut sérieusement douter des capacités de Dario Argento à se remettre d’un tel nouvel échec artistique ; le réalisateur serait actuellement sur le projet d’une nouvelle version de « Dracula » filmée en 3D. Wait and see…


- Article rédigé par : Alexandre Lecouffe


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