Grand Guignol

Cinéaste français atypique, Jean Marboeuf obtient en 1986 un joli succès avec VAUDEVILLE, ce qui lui permet d’enchaîner avec un autre long-métrage à nouveau situé dans les milieux du théâtre, GRAND GUIGNOL.
Né en 1897 dans le neuvième arrondissement de Paris, « Le théâtre du Grand Guignol » proposait des pièces dans lesquelles prédominaient la violence, les bas instincts et l’érotisme. Récoltant rapidement un beau succès, le « Grand-Guignol » traversa les années en dépit de la concurrence de plus en plus rude exercée par le cinéma d’épouvante. Ironie du sort, la salle mythique fermera définitivement ses portes en 1963, au moment ou Hershell Gordon Lewis en transpose les excès sur les grands écrans via BLOOD FEAST, lequel marque la naissance officielle du gore.
C’est à cet univers théâtral particulier que Jean Marboeuf souhaite rendre hommage via ce métrage référentiel s’intéressant au quotidien d’une troupe plus ou moins professionnelle.
Baptiste (Guy Marchand) écrit des pièces horrifiques illustrant ses fantasmes macabres et sadiques. Son épouse, Sarah (Caroline Cellier) finit par se lasser de cette vie et le quitte. Mais le spectacle continue et Baptise se console dans les bras d’une maîtresse sans pouvoir oublier sa femme. Différents personnages saugrenus gravitent également autour de la troupe, comme Charlie (Michel Galabru), un plaisantin toujours partant pour une farce et qui, comme tous les clowns, cachent une grande tristesse.
Pour ce GRAND GUIGNOL assez déstabilisant, Marbeouf s’appuie sur une distribution rodée comprenant les vétérans du septième art français et, outre les acteurs déjà précédemment cités, on note également un épatant Jean Claude Brialy. Chacun incarne un personnage farfelu, parfois attachant, parfois irritant, aux prises avec les difficultés de l’existence. Le scénario se focalise essentiellement sur trois couples qui représentent chacun une étape de la vie à deux. Un thème assez classique dans le cinéma d’auteur français mais que Marboeuf revisite en lui appliquant un traitement décalé, volontiers sarcastique, où se mêlent le réalisme et la fantaisie. L’interaction entre la vie réelle et le fantastique généré par ses pièces sanglantes et grotesques débouche sur des séquences étranges à l’humour très particulier et parfois un peu trop écrit pour convaincre, même si certaines outrances s’inscrivent adéquatement dans un récit dominé par l’absurde. Citons seulement cette séquence où Michel Galabru, le clown triste tué à coup de hache en pleine tête déclare « Je me serais fendu la gueule toute ma vie ».
Pour assurer les effets spéciaux, volontairement artisanaux et quelques peu maladroit, Marboeuf s’est appuyé sur le regretté spécialiste français Benoit Lestang, lequel rend un hommage vibrant aux bricoleurs géniaux du Grand Guignol.
Référentiel et sincère, GRAND GUIGNOL ne plaira sans doute pas à tous les spectateurs mais l’originalité du sujet (combien de film se sont intéressé à ce théâtre fondateur ?) justifie une vision de cette œuvre décalée, même si elle plaira sans doute davantage aux adeptes du cinéma d’auteur qu’aux amateurs de fantastique et d’horreur au sens strict.