House of the devil

Attention jeunes spectateurs, si vous ne jurez que par la saga SAW, les remakes américains de ghost movies japonais emplis de jump-cut, passez votre chemin! Dans le paysage actuel du cinéma de genre, HOUSE OF THE DEVIL est un cas très particulier. A l’heure des remakes et autres reboots, Ti West (jeune réalisateur qui dès THE ROOST s’est spécialisé dans l’horreur à l’ancienne) offre un film qui semble tout droit sorti du début des années quatre-vingt, et pas seulement parce qu’il s’y déroule : tout, de la photographie à la mise en scène en passant par le montage lui confère un air des glorious eighties. Est-ce du coup un film hommage esclave de ses références tourné par un réalisateur vide de toute inspiration ? Aucunement, bien au contraire.
1983. Etudiante fauchée qui vient tout juste de signer le bail d’un charmant studio, Samantha Hughes a un besoin urgent de gagner de l’argent. Pour cela, elle se tourne vers le babysitting et, à peine quelques annonces accrochées, elle obtient sa première embauche par une étrange nuit d’éclipse. Les Ulman, couple assez étrange, finissent par avouer à Samantha qu’elle n’aura pas à surveiller un bébé, mais une grand-mère. La jeune fille, apeurée par la responsabilité, commence par refuser mais fini par accepter devant l’insistance du couple et surtout la sensible augmentation qui lui est promise, d’autant que la veille dame est censée dormir et donc ne poser aucun problème. Mais à peine les Ulman ont-ils quittés la maison que d’étranges signes surviennent, poussant Samantha à se questionner sur le nombre de personnes présentes dans les lieux et leurs intentions.
D’une lenteur quasi-hypnotique mais jamais désespérante, HOUSE OF THE DEVIL est un film qui prend le temps d’installer personnages, situations et atmosphère afin de créer une vraie connivence avec le public. Ainsi, la problématique de Samantha, avec laquelle nous sommes immédiatement en empathie, prends tellement de place que le personnage finit par faire partie de notre famille, un peu comme une petite sœur ou nièce qui essaye d’assumer son indépendance. Evidemment, tout ceci relève d’une stratégie narrative, certes risquée aujourd’hui, mais qui fonctionne à merveille : nous sommes si attachés à la jeune fille que la moindre inquiétude à son sujet prend des proportions inouïes. Le moindre craquement de bois fait craindre pour sa sécurité, la moindre ombre mouvante pour sa vie. Et il faut dire que dans la lugubre demeure des Ulman, rien ne manque pour la faire sursauter. La tension monte alors doucement mais surement en intensité, la bande son se faisant plus agressive par petites touches pour finir par exploser dans la dernière bobine où le cauchemar soupçonné s’incarne de la pire des manières qui soit.
Absolument brillant de bout en bout, le film de Ti West ne sombre jamais dans l’exercice de style mais cherche avant tout à raconter son histoire de la manière la plus censée qui soit. Lent et effrayant, HOUSE OF THE DEVIL a tout des pires cauchemars dans lesquels l’on peut s’engluer sans espoir de survie jusqu’au salvateur réveil qui prend ici la forme du générique de fin.