La 36è Chambre de Shaolin

Hong-Kong - 1978 - Liu Chia-liang
Interprètes : Gordon Liu, Lo Lieh, Norman Chu

Disons-le d’entrée de jeu : le film de kung-fu est un genre dont la renommée s’est faite en partie grâce au succès remporté par LA 36è CHAMBRE DE SHAOLIN. Un succès qui dépasse le cadre purement cinématographique, comme le rappelle encore aujourd’hui le premier album des rappeurs new-yorkais du Wu Tang Clan : Enter the 36th Chamber, allusion directe à l’œuvre de Liu Chia-liang.
En interprétant San De, moine ayant réellement existé qui résista à l’oppression des Mandchous, Gordon Liu signe là un de ses rôles les plus connus. Son personnage, nommé Liu Yu-te dans un premier temps, accuse la mort de plusieurs de ses proches, tous tués par les Mandchous qui envahissent la Chine depuis le 17è siècle. Il parvient quant à lui à échapper au joug des oppresseurs et finit par se réfugier au monastère de Shaolin. Avide de vengeance, il compte bien apprendre le kung-fu pour mener à bien sa quête ; il se convertit pour l’occasion et devient San De, l’art du combat n’étant enseigné qu’aux moines. Il va donc assimiler les techniques des 35 chambres de Shaolin avant, peut-être, de pouvoir créer la fameuse 36è chambre…
La phase d’apprentissage du héros, un passage clé que l’on retrouve dans la majorité des films de kung-fu, est ici relativement bien exploitée. Chaque chambre se compose d’une épreuve (exercices d’agilité, de rapidité, de concentration, renforcement d’une partie du corps…) que San De devra réussir s’il souhaite être admis dans la chambre suivante. Et là où la mise en scène de Liu Chia-liang frappe très fort, c’est à la fin du film lorsque San De, désormais expert en arts martiaux, réutilise en contexte tous les enseignements qu’il a suivi lors de son entraînement à Shaolin.
S’il y avait un reproche à faire à LA 36è CHAMBRE DE SHAOLIN, ce serait certainement son rythme. Car si la découverte des chambres est vraiment passionnante, on ne peut pas en dire autant des quarante cinq premières minutes. Certes, le décor se doit d’être planté, mais San De aurait pu arriver au temple des moines shaolin plus rapidement…
De plus, la musique et les bruitages ont sacrément vieillis. Ainsi, les sabres (que l’on devine en plastique) s’entrechoquent souvent en de multiples bruits stridents qui sont assez énervants en plus de ne pas être réalistes. C’est d’ailleurs ce genre de détail kitch qui contribue à rendre le métrage un tant soi peu comique, sans pour autant en faire une comédie/kung-fu comme Liu Chia-liang a pu en faire par la suite. On est un peu ici entre le burlesque d’un Jackie Chan et le sérieux d’un Chang Cheh. Le jeu de Gordon Liu est propre mais sans surprise : ses poses pittoresques typiques des productions Shaw Brothers s’allient plutôt bien au sérieux du contexte historique et des affrontements qui en découlent.
Difficile donc de limiter le film de kung-fu à LA 36è CHAMBRE DE SHAOLIN qui, il faut le reconnaître, a posé de solides bases dans le genre. Liu Chia-liang accouche là d’un bon film, mais son talent semble encore plus mis à contribution sur des œuvres comme LES 8 DIAGRAMMES DE WU-LANG ou LES ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN.


- Article rédigé par : Michaël Guarné


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