La possédée du lac (1965) : protogiallo onirique

Italie - 1965 - Luigi Bazzoni, Franco Rossellini
Titres alternatifs : La donna del lago, The Possessed, La femme du lac
Interprètes : Peter Baldwin, Salvo Randone, Valentina Cortese, Pia Lindström, Pier Giovanni Anchisi

S’il ne s’inscrit que partiellement dans les limites, certes floues, du giallo, La Possédée du lac demeure un bel exemple de cette période, au mitan des sixties, où cinéma d’auteur et cinéma populaire pouvaient fusionner dans un ensemble intriguant. Entre drame existentialiste, intrigue policière onirique, climat quasi fantastique et éléments de thriller angoissant, le film conjugue ses influences qui, ici, se mêlent avec un certain bonheur.

Bernard (Peter Baldwin, revu dans le giallo humoristique LE WEEK END DES ASSASSINS de Michele Lupo puis prolifique réalisateur de télévision), un écrivain à succès quelque peu dépressif, revient, en plein hiver, dans une petite ville située au bord d’un lac italien. Il reloue la chambre dans laquelle il s’était installé l’année précédente. Le romancier était à cette époque tombé amoureux d’une serveuse de son hôtel, la belle Tilde. Il espère renouer avec elle mais ni le gérant, Enrico, ni sa fille, Irma, ne peuvent le renseigner et ses tentatives de retrouver la jeune femme demeurent vaines. Il arpente les rues désertées de la bourgade délaissée par les touristes avant d’apprendre la vérité : Tilde s’est empoisonnée. Toutefois, peu après, un photographe l’aborde et prétend que Tilde, enceinte, a été assassinée par un de ses amants, soit Enrico soit le fils de ce-dernier, récemment revenu au pays, Mario.

Film méconnu, LA POSSEDEE DU LAC, est adapté d’un roman de Giovanni Comisso, un aventurier italien célèbre pour ses romans biographiques. Il signe ce policier en 1962, en s’inspirant d’un fait divers. Transposé à l’écran, le récit constitue un exemple représentatif du « proto giallo » par son mélange de drame psychologique et d’énigme dans un climat étrange aux lisières du fantastique. Les meilleures séquences se situent ainsi dans cette petite ville italienne, située au bord d’un lac, où le héros s’improvise détective pour mener l’enquête sur un meurtre maquillé en suicide. Les rues désertes, le vent qui souffle constamment, les silhouettes qui déambulent telles des spectres confèrent son ambiance mortifère et langoureuse à l’intrigue. Les cinéastes capturent ainsi l’étrangeté angoissante de cette bourgade hors de la saison touristique.

La possédée du lac (1965) : protogiallo onirique

Déambulations hors-saisons

Tous les personnages ressemblent d’ailleurs à des fantômes qui hantent ce village montagnard certainement très animée en période touristique mais complètement désertée lors des événements décrits. Le principal protagoniste, campé par l’Américain Peter Baldwin, erre ainsi dans des rues vides et glaciales. L’hiver a pris possession de cette petite ville en apparence tranquille mais qui cache, forcément, de sombres secrets. Peu à peu, il reste quasiment seul : les rares passants ont regagné leurs logements et les derniers clients de l’hôtel ont disparus, laissant l’écrivain se débattre avec le mystère.

Autre belle réussite : une photographie en noir et blanc, très travaillée, accentue l’étrangeté de LA POSSEDEE DU LAC et joue adroitement des oppositions entre ombres et lumières dans un esprit expressionniste de bon aloi. Elle transforme ainsi le métrage en lui donnant une touche d’irréalité palpable et effective. De son côté, la mise en scène, réussie, capture les errances des personnages, joue des gros plans sur les visages marqués ou au contraire, propose des plans larges qui noient littéralement les intervenants dans leur solitude hivernale.

Les cinéastes s’intéressent ainsi aux détails du quotidien et laissent l’investigation avancer par touches, révélant les secrets progressivement. L’ensemble évoque ainsi le cinéma intellectuel d’un Antonioni ou d’un Robbe-Grillet dans sa manière de perdre le spectateur dans les méandres du récit. Toutefois, le film retrouve un côté plus populaire durant son dernier acte où les révélations se succèdent et offrent une véritable résolution au puzzle proposé.

La possédée du lac (1965) : protogiallo onirique

Ombres et lumières

Le rythme lent et mystérieux annonce LE ORME, autre thriller proche du giallo réalisé par Luigi Bazzoni dix ans plus tard. Un titre également labyrinthique mais encore plus obscur. Ici, le scénario se suit avec plaisir et les errances de notre détective improvisé constituent, dès lors, l’essentiel du métrage. Moins rigoureux que JOURNEE NOIRE POUR UN BELIER, le chef d’œuvre de Bazzoni, cette POSSEDEE DU LAC demeure un titre envoûtant et les divulgations finales restent osées pour un film de 1965. Les tenants et aboutissants du mystère se montrent d’ailleurs plus crédibles et convaincants que ceux de moult thrillers européens postérieurs.

La qualité de la réalisation, la beauté de la photographie et le climat de mystère savamment entretenu, souligné par une bande sonore discrètement efficace, compensent donc un rythme parfois languissant. Si ces lenteurs peuvent exaspérer les tenants d’un cinéma plus nerveux, elles participent à l’ambiance pesante d’une intrigue pratiquement figée dans son froid hiémal.

LA POSSEDEE DU LAC s’apprécie donc comme une errance cotonneuse et envoûtante qui happe peu à peu le spectateur dans ses filets. Une réussite.

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Bande annonce

The Possessed 1965 Trailer HD | La Donna Del Lago | Peter Baldwin

- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer - Ses auteurs préférés - Graham Masterton, Christophe Lambert, Thomas Day, Stephen King, Clive Cussler, Paul Halter, David Gemmell

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