La Rage du Tigre

Le chevalier Lei Li est brillant et arrogant. Monté sur son fier destrier et armé de ses deux sabres, il rend une justice sanglante et expéditive. Accusé à tord de vol, le héros se doit de défendre son honneur et subit une défaite cuisante infligée par un vieux maître aussi généreux qu’hypocrite. Ayant perdu son bras, Li se cache dans une auberge. Là, il essuie les quolibets des clients et attire la pitié de la fille du forgeron du village. Un jour apparaît un autre sabreur honnête en compagnie duquel le manchot reprend goût à la vie. Avec lui, il s’adonne aux discussions interminables, tranquillement installés en équilibre instable sur une corde. Le calme et la volupté sont de courte durée et Lei Li doit rapidement reprendre le chemin de la violence pour rendre justice. Après avoir payé de leur personne en tant que figurants dans LE BRAS DE LA VENGEANCE, David Chiang et Ti Lung se retrouvent en haut de l’affiche pour LE film qui a fait la réputation du film de sabre. Décors et (rares) extérieurs grandioses, chorégraphies splendides et populeuses, violence extrême et grosse homosexualité à peine refoulée, le film, qui a valu à Chang Cheh le surnom de « bankable man », débarque chez vous en dvd. Sortez les serpillières, ça va saigner. Ici on découpe un type en deux, là on insiste lourdement sur des cadavres saisis en pleine fureur belliqueuse… Même si les spfx ont pris le coup de vieux réglementaire, le spectacle reste délicieusement morbide et fascinant. L’influence américaine est présente dès le générique et la musique, très occidentale, donne envie de pagayer en rythme. On a tellement dit que ce film était la quintessence du cinéma de Chang Cheh que c’est forcément devenu vrai : l’injustice subie par le héros dont le talent éveille convoitise et jalousie, la femelle qui a bon fond mais qui fait tout de travers et qui finira seule afin d’expier sa candeur (litote pour profonde crétinerie), le sacrifice du sidekick comme moteur de la revanche et la vengeance en elle-même baroque, grandiloquente et jouissive. Le méchant incarne toute la fourberie dont est capable un être conscient d’usurper une place qui n’est pas la sienne et qui doit faire preuve de toujours plus de cruauté en la dissimulant derrière une affabilité feinte et moraliste. Les wu bangers en herbe reconnaîtront quelques notes spécifiques dans le thème musical illustrant le doute crépusculaire hantant le métrage (RZA sors de ce corps !!). Le coffret est luxueux, livré avec un disque blindé d’interviews (David « Lei Li » Chiang, Ku « Le tyran » Feng) et de renseignements balancés par ceux qui ont fait l’histoire du genre et les apôtres respectueux livrant la bonne parole… Régalez-vous.