La Rose De Fer

France - 1973 - Jean Rollin
Titres alternatifs : La Nuit Du Cimetière
Interprètes : Françoise Pascal, Hugues Quester, Nathalie Perrey, Mireille Dargent, Michel Delesalle, Jean Rollin

C’est durant les années 70, dans le numéro 11 de la revue L’IMPOSSIBLE, qu’est publiée la nouvelle écrite par Jean Rollin intitulée LA NUIT DU CIMETIERE. Ce texte conte l’errance de deux amants enfermés, durant une nuit, dans un cimetière. En 1973, Jean Rollin l’adapte au cinéma avec la complicité d’un de ses producteurs parmi les plus fidèles, Sam Selsky, sous le superbe titre LA ROSE DE FER.

LA ROSE DE FER nous invite donc à suivre les pérégrinations d’un couple composé d’un bel éphèbe et d’une superbe brune à la chevelure de jais. Tous deux enfermés dans un cimetière, pour une nuit, ils découvrent une faune interlope que l’on croirait échappée de la très belle chanson de Jacques Higelin, CHAMPAGNE. Jean Rollin nous invite à un splendide délire éthéré où se croisent les toiles de Clovis Trouille et la poésie de Tristan Corbière. Un univers qu’il fait sien à travers un traitement onirique des plus fous lorsqu’il emmène ses protagonistes passionnés se frotter aux éléments déchaînés de la crique de Pourville-Les-Dieppe.

LA ROSE DE FER est une œuvre unique dans la filmographie de Jean Rollin qui représente la quintessence de son cinéma. Cette ballade nocturne est un des rares exemples de cinéma réellement surréaliste qui inscrit, de fait, Jean Rollin dans l’avant-garde. Le temps d’un film il se pose réellement en héritier de George Franju, il arrive à trouver un équilibre qu’il a rarement atteint. Par contre, si dans le cinéma de Franju le surréalisme était magnifiquement soutenu par une réalisation sans failles, le rythme très « serial » empêchait de retrouver la plénitude que l’on éprouve à la vision d’un tableau. Une caractéristique corrigée par Jean Rollin, lui qui représentait déjà le MADAME RECAMIER mis en perspective par Magritte dans LE FRISSON DES VAMPIRES (1971). Il utilise ici le rythme de l’amateur d’art qui contemple, il invite le spectateur à la circonspection à travers une mise en scène parmi les plus maîtrisées de sa carrière. En effet, les plans séquences de toute beauté magnifiquement photographiés par Jean-Jacques Renon se succèdent au service d’une histoire à la fois simple et complètement hallucinée. Tout concoure à faire de cette bobine un objet filmique non identifié !

LA ROSE DE FER semble surgir de nulle part et impose Jean Rollin comme un véritable auteur. Il utilise à merveille le décor funeste du Cimetière De La Madeleine (à Amiens en Picardie), où est enterré Jules Verne, un lieu hautement intemporel dont aucune sortie ne semble possible. Rollin brise les tabous à l’image de cette scène où les deux amants se glissent dans le caveau familial. Puis il pose un regard tendre sur le microcosme noctambule qui habite ce cimetière à travers ce personnage de clown venant déposer une fleur sur une tombe ornée d’un chapeau… de clown ! Des basculements à l’image du final imprévisible et diablement romantique. Les défauts qu’on lui reproche souvent sont ici autant de qualités. Peu importe que les acteurs déclament leurs textes d’une voix monocorde, peu importe que les plans soient longs. Peu importe, puisque rien ne semble réel dans ce long métrage, le spectateur est comme happé, invité à voyager à l’intérieur d’un songe. Le temps n’est plus, les dialogues sont accessoires, toutes les notions habituelles de rythme cinématographique sont balayées, Jean Rollin fait table rase et livre, non pas un film, mais une toile de maître.


- Article rédigé par : Jérôme Pottier