L’Affaire Dumont

Québec - 2012 - Daniel Grou
Interprètes : Marc-André Grondin, Marilyn Castonguay, Sarianne Cormier

Michel Dumont est un jour accusé d’une sauvage agression sexuelle. Innocent, il se retrouve tout de même en prison, malgré les témoignages de ses amis. Lui et sa compagne, qu’il rencontrera et épousera pendant son calvaire, vont mener une lutte acharnée pendant des années pour faire éclater la vérité et libérer enfin cet homme simple accusé à tort.

Daniel Grou, le réalisateur, a beaucoup oeuvré dans le domaine de la série télévisée. « 19-2 », « Tu m’aimes-tu », « Xanadu », sont parmi les nombreuses séries dont il a réalisé plusieurs épisodes sous le pseudonyme de Podz. Pour son personnage principal, il a fait appel à Marc André Grondin. L’acteur est très connu dans son pays, le Québec, et a une longue carrière à son actif. Au vu de sa prestation magnifique dans L’AFFAIRE DUMONT, il ne reste plus qu’à souhaiter que son talent dépasse les frontières du Québec et éclate partout ailleurs, tant il est impressionnant ici.

Le cinéma québécois n’est pas le plus accessible qui soit, et la 7ème édition du Festival International du Film Policier de Liège était l’occasion de le découvrir, à travers ce film présenté en compétition officielle.
Dans ce métrage, nul suspense quant à l’innocence ou la culpabilité de Michel Dumont. L’AFFAIRE DUMONT est un portrait (réel, tout ceci étant tiré d’une histoire tristement vraie) d’une immense erreur judiciaire, et une charge sauvage envers la justice du Québec, incapable d’admettre ses torts, même après des années. C’est aussi le portrait d’un couple de gens simples, dont le quotidien est devenu une bataille de chaque instant, entre problèmes familiaux, garde d’enfants et justice aveugle refusant de lâcher ce coupable idéal. Des gens simples toujours à deux doigts de baisser les bras, tant leur combat est ardu, et semble vain, face à l’écrasante machine judiciaire.
Si l’acteur principal est excellent – et le mot est faible – , les autres, tous inconnus chez nous, ne sont pas en restes, loin s’en faut. Heureusement, car le film n’aurait pu que s’effondrer sans des acteurs fantastiques parvenant à faire ressentir tout le poids de leur désespoir, et l’écrasement de la justice, véritable rouleau compresseur essayant de les broyer sous leur poids. L’émotion déborde ainsi de l’écran pour saisir le spectateur à la gorge, ne le relâchant pas de tout le métrage.
Le soucis de L’AFFAIRE DUMONT, est que le réalisateur a voulu faire une reconstruction de l’affaire tellement précise, clinique, millimétrée (les scènes dans le tribunal sont ainsi calquées sur les retranscriptions écrites, comme l’annonce le réalisateur en introduction) que le film oublie d’adopter un point de vue cinématographique, se transformant en documentaire. Il s’agit d’ailleurs visiblement du but de Daniel Grou qui, au moment de la libération de Michel Dumont, oublie même ses acteurs pour filmer la véritable libération du véritable Dumont, nous offrant un des moments les plus touchants du film.
L’AFFAIRE DUMONT aurait mérité d’être pensé de manière plus cinématographique (ou de devenir un véritable documentaire) mais reste en l’état, un film certes bâtard dans sa position, mais d’une grande puissance, touchant, et qui retourne les tripes du spectateur. Son soucis du détail et de la précision passe cependant aussi par quelques longueurs assez prévisibles. En effet, la caméra s’attachant à tous les détails, elle ne peut que filmer des moments parfois lents, du quotidien morne et triste. Mais L’AFFAIRE DUMONT reste cependant un bon film, très intéressant, qui mérite d’être découvert.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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