Le chateau des morts-vivants

Produit par l’anglais Michael Reeves (futur réalisateur du GRAND INQUISITEUR et disparu à vingt-cinq à peine) à l’aide de capitaux italiens et français, LE CHATEAU DES MORTS-VIVANTS s’inscrit dans l’âge d’or du gothique transalpin.
Au dix-neuvième siècle, quelque part en Europe. Alors que les guerres napoléoniennes font rage, une compagnie d’artistes ambulants est invitée à jouer dans son château par le mystérieux comte Drago. Dans la région, de nombreuses rumeurs circulent sur ce personnage et les artistes sont mis en garde, mais celle-ci ne valent pas grand-chose en regard des trois pièces d’or qui leur sont promises pour une seule représentation. La troupe va découvrir un reclus original, passionné par la taxidermie : les grandes pièces de son vaste château sont emplies d’animaux empaillés qui semblent tous plus vivants les uns que les autres. Très rapidement, à la suite d’étranges évènements, la compagnie d’artistes va découvrir que le comte est friand d’expériences qui ne se limitent pas qu’aux animaux…
Derrière la consonance anglo-saxonne des noms de ses coréalisateurs, se cache un duo italien, Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini (pour la petite histoire, c’est le pseudonyme de ce dernier, Warren Kiefer, qui donna l’idée à Donald Sutherland de baptiser son fils…Kiefer !). Si ces deux réalisateurs n’ont pas fait une grande carrière, ils signent là un vrai bon petit film du genre. Baignant le film dans une atmosphère gothique, la lumière a beau être loin de la perfection maniaque de celle d’un Mario Bava, elle demeure très belle au demeurant. Cette photographie en noir et blanc est l’un des principaux atouts du film qui, s’il s’avère un brin longuet, n’en est pas moins séduisant. Inscrit dans un contexte historique haletant, le scénario dérive petit à petit de la réalité pour mieux embrasser une atmosphère de contes de fées, avec sa forêt menaçante, son nain, ses animaux étranges et sa sorcière. L’histoire démarre assez vite, directement dans l’action, mais petit à petit les évènements finissent par s’enchaîner à un rythme plus lent, laissant l’atmosphère reprendre le dessus. Ainsi, quelques passages peuvent paraître un brin longuet et la fin du premier tiers du film tend à perdre son spectateur. Mais il ne faut pas se fier aux apparences car un rebondissement vient relancer le film et lui donner un coup de fouet pour mieux dérouler son intrigue. Dès lors, les mystères s’accumulent, les agissements des uns et des autres s’avèrent trompeur et les surprises abondent. Porté par des comédiens au mieux de leur forme, à commencer par un Christopher Lee impérial en compte Drago (le vampire des Carpates n’est jamais loin) et Donald Sutherland qui ne cumule pas moins de trois rôles différents, ce long-métrage est un bon représentant des coproductions européennes de l’époque. Les seconds rôles, français et italiens, sont parfois inégaux et le doublage anglais ne leur rend pas justice, mais ces menus défauts renforcent le capital sympathie du film. Ainsi, LE CHATEAU DES MORTS-VIVANTS s’impose comme un petit classique, parfois bancal, mais retombant toujours sur ses pieds.