Le couteau sous la gorge

Catherine est une jolie petite brunette posant pour des photos de charme avec son amie Florence. Mythomane avertie, Catherine enchaîne les dénonciations de viol auxquelles plus personne ne croit. Aussi, quand elle commence à être harcelée au téléphone, personne ne la prend au sérieux, à l’exception de son naïf nouveau voisin, un étudiant en architecture dont le charme ne laisse guère indifférente la patronne de Catherine. Mais les craintes de cette dernière finissent par prendre une forme tragique quand les gens commencent à mourir autour de Catherine.

LE COUTEAU SOUS LA GORGE est un giallo français réalisé en 1986 par Claude Mulot. Le réalisateur de LA ROSE ECORCHEE (remake de LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju) et de LA SAIGNÉE, souffre d’une mauvaise réputation. Ses films mal considérés lui valent une réputation de sombre tâcheron du cinéma français. Pourtant son amour du genre le pousse à réaliser avec un budget limité et une visible affection pour le cinéma pornographique de ces années-là, de véritables films de genre français à une époque où celui-ci était déserté. Impossible de ne pas y voir un hommage dans LE COUTEAU DANS LE CŒUR de Yann Gonzalez qui place son action au cœur de l’industrie porno française de ces années-là, industrie connue de Claude Mulot puisqu’il y a réalisé deux films sous pseudonyme.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver Brigitte Lahaie dans le rôle de la très cassante et autoritaire patronne de Catherine, une blonde glaciale qui joue la cougar vis-à-vis du petit voisin et la cheftaine sans cœur vis-à-vis des deux jeunes femmes posant pour elle. La star iconique du X à la française brille dans ce rôle, mais sans doute pas autant que la délicieuse Florence Guérin dans le rôle de l’ingénue Catherine.

Le portrait de ces femmes au cœur d’un milieu machiste sera sans nul doute désarçonnant. Impossible de ne pas retenir un éclat de rire sur la première scène du film où une Catherine dénudée vient se plaindre d’avoir été violée et est accueillie par une volée de rire. À notre époque du MeToo et de la dénonciation de la culture du viol, il faut observer le film sans oublier le contexte où il a été produit et réalisé. D’autant qu’il est mis en évidence plus tard qu’effectivement aucun viol n’a réellement eu lieu. Le mauvais jeu accompagné d’une réalisation pas toujours très heureuse dans les scènes du commissariat n’aident pas à donner un caractère sérieux à ces scènes qui pourraient gêner un public non averti.

Néanmoins, en suivant le film jusqu’au bout, on y découvre plutôt un propos féministe, une ode à la liberté féminine, à ses fantasmes, à ses passions, mais aussi à son innocence, où poser dénudée pour des séances de photo ne signifie pas pour autant devoir devenir la proie de pervers sadiques. Comme beaucoup de gialli et de films d’horreur de l’époque, il ne faut pas oublier que c’était les premiers films à donner aux femmes la liberté d’avoir une vie aussi sulfureuse qu’elles le désiraient, chose bien rare dans les films plus traditionnels.

Au-delà de cette interrogation plus qu’actuelle, le film possède des qualités. Les amateurs du genre seront heureux de trouver un film décomplexé offrant un giallo à la française des plus honnêtes, qui n’a certes pas les couleurs pop ni l’exubérance de ces cousins italiens, mais propose malgré tout un univers intéressant qu’il est plaisant de suivre, et des personnages féminins charismatiques. D’ailleurs, les hommes dans le film sont tous plus ou moins de vrais salopards : dès lors, il est difficile de ne pas y voir une véritable ode à la féminité et à sa liberté de pensée et d’action.

Sophie Schweitzer

Ses films phares :
Le bon, La brute et le Truand, Suspiria, Mulholland Drive, Les yeux sans visage, L'au-delà


FICHE TECHNIQUE :
France - 1986
Réalisation : Claude Mulot
Interprètes : Florence Guérin, Alexandre Sterling, Brigitte Lahaie, Natasha Delange, Jean-Pierre Maurin...