Le Dernier des Mohicans

États-Unis - 1992 - Michael Mann
Titres alternatifs : The Last of the Mohicans
Interprètes : Daniel Day-Lewis, Madeleine Stowe, Russell Means, Steven Waddington, Wes Studi

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Critique du film Le Dernier des Mohicans de Michael Mann

En 1992, Michael Mann est un réalisateur à qui l’on reconnaît un style singulier, mais qui n’a pas encore de grand succès à son actif. Marquant un écart de style dans sa filmographie, l’adaptation du roman de Fenimore Cooper, et remake du film de 1936, lui apporte cette approbation publique.

Avant la création des États-Unis, la France et l’Angleterre se livre une guerre pour les territoires américains. Cora et sa soeur Alice débarquées de Londres doivent rejoindre leur père le colonel Munro, mais elles sont la cible de la vengeance de Magua, un Huron dont la famille a été décimée par ces affrontements. Lors d’une embuscade, elles sont secourues par les Mohicans Chingachgook, son fils Uncas et Nathanael, britannique adopté par Chingachgook après la mort de ses parents. Au milieu des rivalités entre Français et Anglais, et entre Hurons et Mohicans, une histoire d’amour naît entre Cora et Nathanael.

Adoptant une facture classique, LE DERNIER DES MOHICANS fait figure d’exception dans le cinéma de Michael Mann. Accompagné d’une partie de l’équipe de MANHUNTER, son film précédent, le monteur Dov Hoenig et le directeur de la photographie Dante Spinotti, il met en scène un grand drame romantique, un film en costumes qui se déroule dans la nature sauvage.

Le film comporte peu de dialogues et c’est là que la puissance des images de Michael Mann se déploie. Nul besoin d’expliciter les sentiments qui agitent les uns et les autres. La collision entre ces jeunes femmes corsetées venues d’Europe et la nature grandiose et indomptable d’Amérique est éloquente. Escortée par les colons anglais, Cora comprend que les usages européens ne peuvent s’importer et s’appliquer aux populations locales, autochtones ou émigrées. Tandis que ses certitudes se fissurent, elle saisit l’ignorance et l’indifférence volontaire qui caractérisent les siens : ignorance de la terre qu’ils revendiquent, ignorance des nuances entre les tribus autochtones, ignorance des pratiques et des coutumes de ces derniers. 

Lors d’une embuscade, le premier geste de la jeune femme est de dégager la tête de sa soeur de son chapeau. Elle-même se libère rapidement de sa coiffe ; plus elle évolue, plus ses cheveux se défont, jusqu’à les lâcher totalement, geste impudique pour une femme à l’époque. Ses vêtements manifestent également le parti qu’elle prend : délaissant une robe à l’étoffe précieuse, elle opte pour un vêtement sobre, un vêtement de femme du peuple. À l’inverse, sa soeur, visiblement incapable de s’adapter et de se laisser conquérir par cette nouvelle terre, conserve une robe qui marque sa noblesse.

Cora est donc un personnage très libre, qui décide de son destin, refuse un mariage conventionnel, se protège du danger, réplique si nécessaire. Ce sont ces traits de caractère qui la rapprochent de Chingachgook et Uncas et leur fils et frère adoptif, Nathanael. Ceux-ci ne cessent de courir durant tout le film, particulièrement Nathanael, interprété par un Daniel Day-Lewis investi qui pratiqua un entraînement physique intensif pour ce rôle. La caméra adapte ses mouvements à leurs déplacements et s’attache à eux. Lorsqu’il s’agit de filmer les combats,  la caméra se fait mobile et furtive pour cadrer les Hurons qui attaquent, elle est beaucoup plus stable et fixe lorsqu’elle filme les Anglais et les Français. Paradoxalement, les combats sont imprégnés d’une sorte de lenteur. Pas de scène d’affrontements coupée à outrance donc, mais des plans néanmoins agiles.

Le film s’ouvre sur une chasse au cerf où Nathanael cavale dans la forêt. Plus tard, les trois hommes pistent la trace d’un convoi anglais. Ils connaissent par coeur les signes de la nature, ils maîtrisent absolument un espace qui semble intriqué et confus à des yeux étrangers. 

À l’opposé, lors de l’introduction de Duncan – rival de Nathanael – sa voiture traverse un pont dont le reflet accentue une symétrie incongrue dans ce paysage désordonné.

Les troupes anglaises se déplacent dans des espaces étroits, des routes bordées de fossés, des chemins pris en étau par la forêt, et par conséquent, elles s’exposent au danger. Ces colons sont aussi engoncés dans leurs uniformes que dans leur perception de la géographie qui les entoure.

Un regret peut-être est celui d’avoir négligé les personnages de Chingachgook et Uncas, qui portent pourtant en eux la grande tragédie du film, celle de n’avoir plus ni terre, ni peuple, ni descendance. Les 15 dernières minutes du film, suffocantes de tension, leur offrent un beau moment mais hélas, c’est un peu court.

Il n’est pas anodin de la part de Michael Mann d’avoir confié le rôle titre à Russell Means, activiste indien appelant les États-Unis à respecter les traités passés avec les Américains natifs. Chingachgook, pris dans la tourmente d’une guerre entre deux nations qui se disputent un pays qu’il a arpenté toute sa vie, n’a plus droit à la parole. Face à la nature, l’homme constate que cette terre n’est à présent plus la sienne. En protégeant un descendant qui n’est pas le sien par le sang, il laisse place à l’histoire moderne, histoire qui efface celle de son peuple.

Enfin, il faut souligner la superbe partition de Trevor Jones, irréprochable dans son ensemble, soutenue par Randy Edelman pour les transitions. Si le film n’est pas le plus notable de son réalisateur, la bande originale restera sans doute comme une des grandes compositions pour le cinéma.

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- Article rédigé par : Charlotte Dawance
- Ses films préférés : Tree of Life, Brazil, La Nuit du Chasseur, Take Shelter, Nostalgie de la Lumière.


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