Le dernier face à face

Brad Fletcher (Gian Maria Volonte), professeur d’Histoire en Nouvelle Angleterre, pétri d’idéaux humanistes et atteint de tuberculose, abandonne ses fonctions et se rend au Texas afin de tenter d’améliorer sa santé. Installé depuis peu, il se retrouve contre son gré impliqué dans l’évasion de Solomon « Beauregard » Bennet (Tomas miliàn, pour l’anecdote ici affublé d’une coupe de danseuse du Crazy Horse…), dangereux hors la loi à la tête de la Horde Sauvage, une communauté sans foi ni loi vivant en marge d’une société qu’elle ne se prive pas de piller et de rançonner. Communauté qu’il va tenter de remotiver et de ressouder autour de lui.

Rappelons, s’il en est besoin, que le réalisateur Sergio Sollima fait partie du trio de Sergio (avec Leone et Corbucci) qui a contribué à donner à l’Euro-Western (continuons à considérer que « Spaghetti » est un rien condescendant…) son assise et ses meilleurs fleurons. Quand bien même sa contribution se monte à seulement trois films réalisés entre 1966 et 1968 : LA RESA DEI CONTI, FACCIA A FACCIA et CORRI, UOMO, CORI (http://www.sueursfroides.fr/critique/saludos-hombre-876). Les plus âgés se souviendront également de lui avec nostalgie comme ayant donné la mythique série SANDOKAN.

D’emblée, même si le quota de poudre que l’on est en droit d’attendre de tout bon Western est brûlé durant le métrage, Sollima (ici également co-scénariste) fait principalement la part belle à l’étude et à l’évolution psychologiques de ses deux héros. C’est également sur le terrain de la fable politique dont il est coutumier qu’il va amener FACCIA A FACCIA, ce qui semble pour le coup légitimer la présence de Gian Maria Volonte, pour qui le métier d’acteur et l’engagement Politique sont toujours allés de pair.

Nous n’assistons pas durant les 1h52 que dure le film, dans sa version la plus complète, à une simple accumulation de débordements violents ou sanglants grâce à un script où le problème de la violence et du pouvoir qu’elle peut conférer est au coeur du questionnement auquel se livre Sergio Sollima. Questionnement qui finit par guider les actes de Fletcher et de Beauregard. Le premier, d’abord réticent et timoré, finit par se laisser progressivement submerger par un sentiment de puissance et par le pouvoir et l’ascendant qu’il va pouvoir acquérir sur les membres de la Horde Sauvage, désirant (comme le laissent entendre ses propos devant ses élèves lors de la scène d’ouverture du film) laisser une trace dans l’histoire, jusqu’à en perdre le sens de la mesure et de la justice. Beauregard, quant à lui, subira une évolution toute à l’inverse. Violent par nature, habitude et/ou par nécessité, il est celui qui va réaliser et mesurer la vanité et l’injustice d’une vie de révolte brutale et aveugle et qui finira (sans vraiment dévoiler la fin du film) par tuer symboliquement celui qu’il a été et qu’il entrevoit enfin, afin de parvenir à une forme de rédemption.

Sollima ne juge jamais ouvertement ses deux héros. Il préfère les laisser le faire en partie eux même durant nombre de séquences où il les amène à se confronter dans des dialogues en duo, sans autres intervenants. Il fait par contre preuve d’un parti pris franchement affiché quand il met en parallèle le fait que ce sont bel et bien les hommes de pouvoir, les grands propriétaires et les notables qui font appel à la violence des autres, sans scrupules ni états d’âme dans le seul but d’assoir leur pouvoir et de préserver leur situation confortable, retranchés derrière l’idée de bien commun, quitte à commanditer une éradication de la Horde Sauvage incluant femmes et enfant, dont le meurtre même se trouve tarifé de manière bassement pragmatique. Une critique dont on pourrait dire qu’elle n’a toujours pas pris une ride à l’heure actuelle… Il y a là cette dimension politique qui hisse généralement une partie du cinéma de genre transalpin au dessus du lot, avec une pointe de désenchantement pas très éloignée de celle dont fait également montre Sergio Leone.

Au final, le propos, mais également la maîtrise de la réalisation de Sergio Sollima et le jeu de ses acteurs, la qualité de la photographie faisant la part belle aux paysages ibériques et la musique de Enio Morricone finissent par conférer au film une dimension tragique et humaniste, une réflexion sur l’évolution des individus qui le rendront plus qu’appréciable, même à ceux qui ne sont pas de prime abord des aficionados du genre.