Le Mur Invisible

Allemagne - 2012 - Julian Pölsler
Titres alternatifs : Die Wand
Interprètes : Wolfgang M. Bauer, Ulrike Beimpold, Martina Gedeck

Une femme, résidant dans un pavillon de chasse isolé d’Autriche, décide, pour s’occuper l’esprit et ne pas devenir folle, d’écrire un compte-rendu des évènements des derniers mois. Lentement, elle nous explique ce qui la retient ici. En effet, elle est venue un jour en ce lieu avec un couple vieillissant et leur chien. Les époux décident de se rendre à pied au village. Le lendemain matin, notre héroïne s’aperçoit qu’ils ne sont pas revenus. Intriguée, elle prend la route du village et découvre, avec stupeur, qu’au détour d’un virage, un mur invisible l’empêche de progresser. Elle va devoir survivre en ce lieu, isolé de tous, avec ce chien qui devient son seul ami, et quelques autres animaux qui vont la rejoindre au fur et à mesure.

LE MUR INVISIBLE est tout d’abord un roman de Marlen Haushofer. Julian Roman Pölser décide de l’adapter au cinéma, et prend comme héroïne l’actrice Martina Gedeck, qui y est tout simplement incroyable.

Faire un film avec une femme seule et quelques animaux n’est pas chose aisée, si on ne veut pas perdre le spectateur en route. Surtout que le réalisateur décide d’éviter tout retournement de situation. Son métrage raconte la survie de cette femme bloquée dans un coin de montagne autrichienne, ni plus, ni moins. Étant la narratrice de son histoire, sa voix off est presque omniprésente, ses réflexions existentialistes sur la survie et sa lutte contre la folie envahissant la salle de cinéma. Ce parti pris de laisser la voix de cette femme retentir quasiment sans interruption, ne laisse aucun doute au spectateur sur la nature d’adaptation littéraire du MUR INVISIBLE. Cependant, si cela peut rebuter, cela évite d’avoir un film presque muet et permet d’utiliser les textes de Marlen Haushofer. Le spectateur pense rapidement à Robinson Crusoé et le parallèle est des plus pertinents. Les deux personnages sont coincés dans un environnement hostile et se forcent à certaines tâches pour ne pas perdre raison et civilité. Bien sûr, le rythme est lent et un quart d’heure de moins n’aurait pas nuit au film, mais cette langueur, volontaire, déborde de l’écran pour engluer le spectateur dans le même état d’esprit que son protagoniste principal.
L’actrice est incroyable, mais ce qui surprend le plus ce sont les animaux. Le chien surtout, véritable personnage à part entière du film, est hallucinant dans sa manière de regarder l’héroïne ou de réagir à ses paroles et à ses actes. Direction d’acteur et dressages de bêtes sont ainsi bouleversants, de même que les paysages, d’une beauté à couper le souffle, servis par une photographie magnifique. Certains spectateurs n’aimeront sans doute pas cette lenteur, de même que le manque d’explications sur l’étrange phénomène, mais l’intérêt est ailleurs. Qu’importe le mal qui s’est abattu sur l’humanité, qu’importe les raisons de l’emprisonnement de l’héroïne en ce lieu. Ce qui compte c’est son désir de survivre, sa lutte constante contre le froid, la faim, sa manière de s’occuper des animaux passant par-là, telle une Noé des temps modernes.
LE MUR INVISIBLE est, il est vrai, un métrage difficile d’accès, mais osé et très intéressant, de part son sujet et son traitement jusqu’auboutiste. Présenté dans le cadre de la sélection officielle du 5ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, il mérite amplement le détour.

Retrouvez nos chroniques du FEFFS 2012.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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