Le Sabreur Solitaire

Un texte signé Michaël Guarné

Hong Kong - 1969 - Chang Cheh
Titres alternatifs : Have Sword, Will Travel
Interprètes : Ti Lung, David Chiang, Li Ching

LE SABREUR SOLITAIRE est le premier métrage de Chang Cheh qui réunit ceux qui allaient devenir ses acteurs attitrés : David Chiang et Ti Lung. Ce film va inspirer par la suite à son réalisateur son chef-d’œu-vre qu’est LA RAGE DU TIGRE.
Tous les ans, Ying Ke-Feng est chargé d’escorter une troupe d’hommes qui emmènent à la capitale la récolte annuelle des impôts, un butin de 200 000 taels. Cette année, malheureusement, une blessure l’empêche de se servir de son sabre et le contraint à confier cette dangereuse mission à Hsiang Ting (Ti Lung) et Yun Piao Piao (Li Ching), deux jeunes combattants de sa maisonnée. Le vil clan du Tigre Volant apprend alors la nouvelle et ne serait pas contre une certaine rentrée d’argent. Yi Lo (David Chiang), voyageur errant expert dans la maîtrise du sabre, est alors vu d’un mauvais œil par Hsiang Ting lorsqu’il est amené à se joindre à eux dans leur périple. Serait-il lui aussi un sbire du clan du Tigre Volant ?…
On a vite l’impression d’avoir affaire à un western spaghetti à la vision de ce Chang Cheh. David Chiang incarne une espèce de chevalier errant à travers le pays sur sa monture, monture qui représente beaucoup à ses yeux. Preuve en est cette scène où il doit la revendre à contrecœur afin de survivre et où l’heureux commerçant profite bien de la naïveté de son client. Car naïf, Yi Lo l’est certainement, tout comme il paraît brave et fier, deux caractéristiques récurrentes des figures masculines décrites par le réalisateur. Les personnages représentent donc tout ce qu’il y a de plus classique pour l’époque. Le méchant archétypal vient défier la bravoure du héros qui, comme toujours avec Chang Cheh, dépasse son statut d’humain pour finir transpercé de toute part dans une mare de peinture rouge vif, le tout après une longue agonie silencieuse… L’honneur avant tout, le héros ne va quand même pas afficher sa souffrance face à l’ennemi !
Dans un sens, cette œuvre contient les bases de certains des films à venir du réalisateur. La plus visible est sans doute celle de LA RAGE DU TIGRE : Ti Lung et David Chiang deviennent amis dans les deux longs métrages et cette amitié développe même un fil conducteur de l’histoire. Dans chacune des deux réalisations, le personnage féminin n’est pas vraiment mis en avant. Il sert plus de prétexte à renforcer les liens unissant les protagonistes masculins. La femme, dans l’ensemble de la filmographie de Chang Cheh, n’est pour ainsi dire pas l’élément primordial. A quoi bon avoir une compagne quand on a déjà son sabre, pourrait on dire…
Du côté des combats, ce n’est pas ce qu’on a vu de mieux venant de Hong Kong. Les affrontements sont limités aussi bien dans leur nombre que dans leur intérêt. Voir des acteurs sauter de trampoline en trampoline sur fond de bruitages kitch n’est pas forcément un gage de qualité… C’est certes appréciable une fois, mais sur la longueur, la variété et l’efficacité des chorégraphies en prennent un coup.
Il est intéressant de constater que certaines idées des films de Chang Cheh des 70’s sont en fait tirées de ce SABREUR SOLITAIRE. Sorti de là, il ne s’agit peut-être pas d’un des films les plus marquants du réalisateur.


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- Article rédigé par : Michaël Guarné

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