Le Sang du Châtiment

Après quelques années de bons et loyaux services rendus au fandom hexagonal (Atomovision, Le Voyeur), Fabrice Lambot réalise, en 2001, son premier court métrage en Argentine : INSANITY. Ce qui caractérise cette première pelloche, c’est une ambiance particulièrement poisseuse et dérangeante, et cela malgré une fin peu originale. En 2005, Fabrice Lambot récidive avec LE SANG DU CHATIMENT.

En Argentine, un médecin légiste participe à une enquête sur un étrange meurtrier qui vide ses victimes de leur sang. De vieux souvenirs lui reviennent alors en mémoire …
Une fois de plus, Fabrice Lambot met en scène un scénario classique (écrit avec son compère de Metaluna Jean Depelley) qu’il s’amuse à détourner. A l’image d’INSANITY qui était un « vrai faux » rape and revenge, LE SANG DU CHATIMENT est une variation habile autour du thème très à la mode des experts criminologues (Cf. les nombreuses séries télé sur le sujet). Entouré de deux producteurs atypiques, Jean-Pierre Putters (le créateur de MAD MOVIES) et Uriel Barros (l’homme à l’origine du renouveau du cinéma d’horreur argentin avec, par exemple, LOS INQUILINOS DEL INFIERNO de Leibovich et Varela en 2004), Lambot se lâche. Il signe une œuvre ambitieuse qui n’est pas sans rappeler le SILVER SLIME (1981) d’un certain Christophe Gans.
Comme la bobine du réalisateur du PACTE DES LOUPS (2001), LE SANG DU CHATIMENT regorge de références et développe une esthétique très soignée. Le titre renvoie à un excellent William Friedkin (LE SANG DU CHATIMENT/RAMPAGE-1988). L’introduction passéiste est filmée en ton sépia avec rayures sur la pellicule, ce qui n’est pas sans rappeler le prologue de deux chef-d’œuvres : L’AU-DELA (Lucio Fulci-1981) et MAIS… QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? (Massimo Dallamano-1972). Une scène d’autopsie renvoie aussi bien à L’EVENTREUR DE NEW YORK (1982) de Lucio Fulci qu’à AFTERMATH (1994) de Nacho Cerda, que Fabrice Lambot fut l’un des premiers à interviewer dans son fanzine LE VOYEUR (N°1). Le giallo est également souvent évoqué, chaque meurtre est un hommage au cinéma sensuel et vénéneux de Mario Bava et Dario Argento, et bien sûr, le tueur est équipé des indispensables gants et impair de cuir noir. Le final, tout droit sorti d’AU DELA DU REEL (Ken Russel-1980), utilise des effets spéciaux numériques renversants pour une si petite production.
En plus de ces qualités techniques indéniables, LE SANG DU CHATIMENT peut s’appuyer sur une distribution solide avec en particulier, dans le rôle principal, Enrique Liporace. Ce frère jumeau Argentin de Philippe Nahon livre ici une composition troublante qui cadre parfaitement au côté polar dépressif du film.
Fabrice Lambot s’avère donc un metteur en scène très prometteur, surtout dans le sens où il développe une esthétique très crue, sans concessions. Ce qui est de très bonne augure pour son premier long métrage à venir, DYING GOD, avec Lance Henriksen.