Lebenspornografie

Pays-Bas / Allemagne - 2003 - Edwin Brienen
Interprètes : Esther Eva Verkaaik, Eva Dorrepaal, Nicole Ohliger, Peter Post, Onno Meijer, Peter Kern, Marjol Flore, Tom de Ket, Saskia Winkelaar, Edwin Brienen, Andreas Scharfenberg, Jean-Louis Costes

Rien de nouveau sous les néons blafards du cinéma indépendant prenant pour personnages principaux des écorchés vifs se débattant avec leurs problèmes existentiels, hélas. Second long métrage du très prolifique Edwin Brienen, LEBENSPORNOGRAFIE navigue en terrain connu, la recherche du bonheur, mais n’évite pas pour autant de boire souvent la tasse tant il fait du surplace et n’apporte rien de neuf.
À Amsterdam, un petit groupe d’artistes en plein mal-être. Claire est une actrice dont la carrière ne décolle pas et qui trompe sa solitude dans des aventures sexuelles anonymes et sans lendemain. De son côté, son amie Romy se prostitue à l’occasion, pensant que les expériences traumatisantes forment un magnifique processus d’apprentissage de la vie. Quant à Jim, il ne se remet pas de sa rupture d’avec son ami séropositif, Johan, et erre le cœur brisé en s’apitoyant sur son sort. Une possibilité de changement s’offre à eux par l’intermédiaire de Magali et son ami Loete. Ce dernier, musicien, a été engagé pour se produire dans une boîte de nuit berlinoise, le Komet. Voyant une opportunité pour changer d’air et prendre un nouveau départ, ils décident de se rendre à Berlin ensemble pour y monter un show érotique. Euphoriques après leur première performance, les expatriés déchantent vite face à la réalité : le show n’a attiré personne. Tous replongent à nouveau dans des excès de drogue, de boisson et de sexe, entraînant malgré eux Thorwald, le propriétaire du Komet. Marié et père d’une fillette de cinq ans, il se sentait piégé dans cette vie rangée depuis un moment et se laisse aisément contaminer par les mauvaises habitudes du groupe d’artistes. De son côté, Marianne, la femme de Thorwald, délaissée affectivement par son mari, entame une liaison extra-conjugale…
LEBENSPORNOGRAFIE ne parvient jamais à être réellement captivant. La faute en incombe aux personnages, creux et désincarnés, dont les actions ne présentent que peu d’intérêt. Entre les plaintes exprimées de vive voix à propos de leur mal-être, et les échappatoires bassement primaires qu’ils y trouvent, à savoir se droguer ou baiser, il n’y a pas grand chose à voir. Seule l’histoire parallèle de la désintégration du couple de Thorwald, hélas traité de façon distante, vient amener un peu de péripéties à la platitude ambiante.
S’il n’est pas pleinement convaincant dans le fond, LEBENSPORNOGRAFIE est par contre agréablement travaillé au niveau de sa forme. Brienen soigne sa photographie, sa mise en scène et son montage, signant quelques séquences superbes comme la rencontre de Claire et d’un inconnu dans un souterrain. Mais à côté de cela, on retrouve hélas quelques effets de surimpressions plutôt pauvres et faciles renvoyant aux pires vidéo-clips musicaux. N’oubliant pas d’être provoquant, le film s’ouvre sur un montage syncopé de performance corporelles et porno-uro-scatologiques alors qu’un discours sur l’édulcoration de l’art est déclamé. Plus tard, lors d’une séquence dans un bar gay, entre les flous artistiques, quelques visions extrêmes, qui semblent sortir tout droit de la salle de montage de CRUISING (William Friedkin, 1980), risquent bien de faire défaillir les machos endurcis.
Proposé dans le cycle Edwin Brienen : Agent Provocateur, lors de la onzième édition du LUFF, LEBENSPORNOGRAFIE, s’il ne détonne pas dans la filmographie de son auteur, n’est pas forcément son œuvre la plus intéressante, ni la plus provocatrice.

Cliquez ici pour lire une interview de Edwin Brienen.


- Article rédigé par : Éric Peretti


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