Les démons de l’esprit

Grande Bretagne - 1972 - Peter Sykes
Titres alternatifs : Demons of the mind
Interprètes : Robert Hardy, Gillian Hill, Shane Briant, Yvonne Mitchell, Patrick Magee

Produit en 1972, alors que la grande époque de la Hammer est terminée, DEMONS OF THE MIND constitue une tentative intéressante (mais hélas franchement inaboutie) de varier les recettes ayant jadis assuré le succès de la compagnie.
L’intrigue traite d’une malédiction accablant depuis plusieurs générations les membres d’une même famille, dominée par le très autoritaire Baron Zorn. Ce dernier demande l’aide du docteur Falkenberg, un médecin psychologue aux théories radicales récemment banni de Vienne afin de résoudre cet épineux problème. Le Baron espère, en effet, que Falkenberg pourra l’aider à mettre un terme au mal étrange qui afflige ses enfants, Emil et Elisabeth, gardés enfermés dans la demeure. Mais une série de crimes commis dans la région complique la situation, d’autant que les villageois commencent à soupçonner Zorn d’être un suppôt du démon.
Pas toujours très cohérent ni passionnant à suivre, DEMONS OF THE MIND s’égare également dans de longues séquences inspirées à la fois des théories psychanalytiques et de l’hypnotisme afin de conférer à l’ensemble une certaine crédibilité scientifique. Le scénariste choisit donc d’égarer le spectateur en alternant les thèses de la malédiction, de la folie et de l’auto-suggestion pour expliquer les événements proposés à l’écran.
Malheureusement, les thématiques plus modernes ou provocantes du film, tournant autour de l’inceste et de l’utilisation de l’hypnose dans un but thérapeutique, semblent insuffisante pour nourrir un long-métrage entier, fut il d’une durée réduite à 85 minutes. L’intrigue s’avère, en réalité, assez banale et simpliste mais le métrage la complique à loisir en multipliant les personnages aux motivations pas toujours évidentes, donnant finalement une impression de fourre-tout mal maîtrisé d’où ne surnagent que l’une ou l’autre séquence. Le scénariste brode encore autour des clichés de l’épouvante et du fantastique en proposant quelques meurtres, une intrigue romantique contrariée, un prêtre décidé à combattre le Mal,…
Le final montrant les villageois en furie allant s’en prendre au baron, armé de torches et de crucifix, rappelle pour sa part les grandes heures de la Universal mais la scène aboutit seulement à une impression de précipitation pas vraiment convaincante. Reste que ce décorum très classique et cet ancrage dans le XVIIIème siècle, typique de la plupart des productions Hammer, saura séduire les nostalgiques par son côté gentiment suranné.
Peter Sykes, réalisateur australien peu connu ayant seulement une demi-douzaine de longs métrages à son actif (dont LA FILLE DU DIABLE tourné également pour le compte de la Hammer quelques années plus tard) assure la mise en scène avec un certain sens esthétique même si les passages les plus psychédéliques paraissent plutôt datés. Début des seventies oblige, la permissivité accrue de la censure laisse au cinéaste le soin de proposer quelques scènes sanglantes et pas mal de nudité, généralement gratuite. De la bonne volonté qui confère à DEMONS OF THE MIND un semblant d’intérêt en dépit des trop nombreuses maladresses qui en rendent la vision plutôt poussive.
L’interprétation, plutôt bonne, est, elle, assurée par le déjà vétéran Robert Hardy (que l’on reverra ensuite dans le rôle secondaire de Cornelius Fudge dans toute la saga HARRY POTTER), secondé par Gillian Hill (ORANGE MECANIQUE) et Patrick Magee, ayant travaillé tant pour Stanley Kubrick (ORANGE MECANIQUE, BARRY LINDON) que pour Lucio Fulci (THE BLACK CAT) ou Freddie Francis (HISTOIRES D’OUTRE TOMBE).
En dépit de quelques idées intéressantes et relativement originales, DEMONS OF THE MIND se révèle globalement raté et ne constitue, au mieux, qu’une curiosité réservée aux seuls inconditionnels de la Hammer Films.


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer


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