Les Jeunes dragons

Un jeune homme, fervent pratiquant des arts martiaux, décide de voler un trafiquant d’armes pour progresser dans la mafia. Il va croiser la route d’un capitaine de police, lui aussi très doué de ses poings et qui a juré la perte de Long, le trafiquant. Ils vont unir leurs forces, alors que Long multiplie les coups bas et les trahisons pour récupérer ses armes et vaincre ses ennemis. John Woo est un réalisateur virtuose. Surtout connu des amateurs de polars hongkongais pour lequel il a livré quelques chefs-d’œuvre, comme les deux premiers SYNDICATS DU CRIME, ou encore THE KILLER ou A TOUTES EPREUVES. Il est aussi marqué par les horreurs de la guerre, comme le prouve son génial UNE BALLE DANS LA TETE. Il a depuis migré aux Etats-Unis où, après un rite de passage obligé – CHASSE A L’HOMME – avec Jean-Claude Van Damme, il a pu acquérir un peu plus de liberté. Ainsi, il a livré quelques films intéressants, comme VOLTE FACE mais surtout WINDTALKERS, là encore marqué par la guerre. Cependant, il a dû aussi beaucoup composer, comme avec MISSION IMPOSSIBLE 2, un film où John Woo n’était pas vraiment libre de ses actes. Dernièrement, il est retourné en Chine pour nous offrir le wu xia pian brutal et épique LES TROIS ROYAUMES. Mais John Woo n’a pas commencé sa carrière en réalisant LE SYNDICAT DU CRIME. Il a d’abord été assistant réalisateur pour Chang Cheh, l’un des grands noms de la Shaw Brothers, spécialiste des films virils et brutaux, plein de sang et de héros se sacrifiant pour leur idéal. Et il a aussi réalisé quelques films comme ce LES JEUNES DRAGONS en 1974.
Certains thèmes chers à John Woo sont déjà présents dans ce film. C’est une histoire de gangster (John Woo en est le co-scénariste), certes assez classique, mais parlant beaucoup d’honneur et d’amitié. L’amour y est très pur, très chaste aussi – la seule scène de nudité révèle la brutalité du sbire en chef de Long. L’ombre de Chang Cheh plane aussi sur ce film. Les héros n’hésitent pas à se sacrifier, de la manière la plus tragique qui soit et au ralenti, et les femmes ne peuvent escompter accomplir leur vengeance sans l’aide des hommes.
Ce film ne peut espérer rivaliser avec les pépites qu’offrira par la suite John Woo à ses fans mais, outre le fait que découvrir une œuvre de jeunesse d’un réalisateur est toujours intéressant, le film se regarde également avec plaisir. Produit par la Golden Harvest, grande rivale de la Shaw Brothers, il nous raconte une histoire plaisante, bien que vue et revue, et offre des affrontements corrects, même s’il est toujours drôle de voir des trafiquants d’armes n’utiliser que leurs poings ou de simples armes blanches. Ces combats étant co-chorégraphiés par Jackie Chan, ce n’est guère surprenant cela dit, et rajouter des fusillades aurait éloigné le métrage du film d’arts martiaux pur, en demandant un budget et des effets spéciaux plus conséquents. On se laisse ainsi prendre à l’intrigue, progressant entre trahisons et affrontements, sur fond des bruitages exagérés classiques de ces productions, avec le ciel peint traditionnel, le film étant tourné en studio, là encore comme la plupart des productions Golden Harvest et Shaw Brothers.
Voici donc un très agréable wu xia pian, qui plaira aux amateurs du genre, bien qu’il ne se situe pas parmi les meilleurs. Malgré tout, les fans de John Woo seront heureux de le découvrir.

Yannik Vanesse

FICHE TECHNIQUE :
Hong-Kong - 1974
Titre alternatif : Tie han rou qing
Réalisation : John Woo
Interprètes : Fung Hark-on, Lau Kong, Dean Shek, Shing Fui-on, Ni Tien, Bolo Yeung...

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