Les Onze mille verges

France - 1975 - Eric Lipmann
Interprètes : Yves-Marie Maurin, Florence Cayrol, Marion Game, Jenny Arasse

Roman picaresque, tru-cul-ent et pornographique publié par Apollinaire sous ses seules initiales (GA) en 1907, « Les Onze mille verges » raconte l’histoire absurde d’un prince roumain, Mony Vibescu, parcourant le monde pour y vivre de nombreuses expériences, surtout sexuelles, jusqu’à sa mort, en Chine, où notre jouisseur est flagellé par onze mille coups de verge. Apollinaire, dans un joyeux délire libertaire, se soucie moins de raconter une histoire vraisemblable ou réaliste que d’aligner les passages obscènes : homosexualité, sadisme, vampirisme, scatologie, pédophilie, etc. Le poète se lâche dans ses pages (qui seraient, apparemment, une traduction adaptée d’un ouvrage antérieure) souvent si « énormes » que l’on se surprend à sourire devant tant de turpitudes et de débauches, parfois proches des œuvres les plus outrancière de Sade.
L’adaptation cinématographique pouvait difficilement se montrer fidèle au texte. Eric Lipmann, qui écrit et réaliste cette version sortie en 1975, choisit donc de ruser et transpose en partie l’intrigue à notre époque, donnant un peu plus de rigueur à cette intrigue au départ relâchée. Il suit ainsi les pas de Romain Marchant, descendant du prince Vibescu, dont il va peu à peu revivre le périple érotique alors qu’il est envoyé par son patron à Budapest, loin de sa fiancée Florence.
Le rôle masculin principal est dévolu à Yves-Marie Maurin tandis que celui de sa promise échoue à Florence Cayrol, Parisienne vue dans quelques productions « chaudes » des seventies (HISTOIRE D’O, LORNA LA LIONNE DU DESERT, MADAME CLAUDE et BRIGADE MONDAINE) aux côtés de Marion Game, depuis reconvertie dans « Plus belle la vie ». Les plus attentifs repèreront également Jean-Claude Brialy venant effectuer une petite apparition amicale. Maurin, peu habitué aux têtes d’affiche, surjoue beaucoup mais cette manière de cabotiner fonctionne agréablement dans un film ne se souciant guère de réalisme. Les comédiennes féminines, par contre, sont plus convaincantes et possèdenr beaucoup de charme et d’entrain, conférant au long-métrage son atmosphère joyeuse. Lipman soigne sa mise en scène et, pour son unique réalisation, se donne les moyens de ses ambitions : les décors sont réussis, les costumes classieux, la musique superbe, etc.
Nous sommes dans l’érotisme raffiné du milieu des années ’70 avec un ton libertin, des dialogues littéraires (repris en partie du texte d’Apollinaire évidemment) et un humour bienvenu. Le spectacle se regarde donc avec plaisir bien que l’on puisse regretter l’aspect quelque peu erratique de la narration (héritée du roman tout aussi elliptique).
Quelque peu oublié, ces ONZE MILLE VERGES, sorti dans une période d’adaptations de prestige des classiques de la littérature polissonne (HISTOIRE D’O, EMMANUELLE, L’IMAGE, FANNY HILL, etc.) se redécouvre agréablement quarante ans plus tard.


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer


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