Les yeux de Julia

Espagne - 2010 - Guillem Morales
Titres alternatifs : Julia's eyes, Los ojos de Julia
Interprètes : Belén Rueda, Lluís Homar, Pablo Derqui, Francesc Orella, Joan Dalmau, Boris Ruiz, Daniel Grao

Sara, aveugle et solitaire, s’est pendue dans sa cave, terrorisée par une présence malfaisante. Sa sœur jumelle, Julia, ne croit pas à la thèse du suicide retenue par tous. Elle veut comprendre les raisons de la mort de sa sœur mais, atteinte comme elle d’une maladie dégénérative des yeux, doit en même temps absolument éviter tout stress risquant de causer une cécité permanente. Son mari Isaac tente donc de la dissuader de mener ses investigations, trop risquées pour son état de santé. Mais Julia n’en a cure.

Guillermo Del Toro à la production, l’équipe de L’ORPHELINAT à la direction artistique et derrière la caméra, Guillem Morales, primé 2004 à Sitges pour son UNINVITED GUEST / EL HABITANT INCIERTO (2004, chroniqué sur Sueurs Froides), on peut parler d’une dream team.

Et de fait, LOS OJOS DE JULIA (JULIA’S EYES à l’international) se laisse « voir » sans déplaisir, ressuscitant en Espagne le Giallo délaissé depuis belle lurette par les italiens. Car c’est bien d’une résurgence du genre qu’il s’agit ici, avançant un tueur furtif dont les motivations ne nous seront dévoilées que sur le tard.

Le scénario avance suffisamment de protagonistes permettant de brouiller les pistes : le mari de Julia, son médecin, l’aide-soignant Yvan, Blasco, le voisin lubrique, la vieille voisine aveugle, l’inspecteur Dimas… , sans compter quelques autres protagonistes mystérieux.

Le Giallo, dont une partie de la dialectique joue classiquement du vu (le meurtre) et du non-vu (celui qui le perpètre) s’accommode fort bien d’une intrigue mettant en scène une héroïne à la vision déficiente. En outre, le scénario creuse cette thématique par la figure du meurtrier qui prend le contrepied des assassins grandiloquents. Ici, on tue pour exister. On existe socialement dans le regard des autres. Cette idée est parfaitement dans l’air du temps, en accord avec une époque qui fait de la notoriété sociale, de la visibilité à tout prix (cfr le succès des réseaux sociaux), une condition essentielle de la vie en communauté.

LOS OJOS DE JULIA joue de l’angoisse de la perte de la vue, que chaque spectateur pourra aisément ressentir. Julia lutte contre le temps et l’incrédulité de ceux qui l’entourent… en illustration du biblique « Ils ont des yeux mais ils ne voient pas ». D’autres handicaps ont parfois été avancés dans le thriller comme élément de victimisation d’un protagoniste qui, par leur faute, ne peut exprimer une vérité qu’il a su percevoir mieux que d’autres. On pense ainsi au MUTE WITNESS de 1995.

Guillem Morales prolonge certaines idées avancées sur EL HABITANT INCIERTO : la demeure familiale hantée d’une présence invisible, dont on doute de la réalité. A ce titre, rien d’étonnant non plus de retrouver ici une partie de l’équipe de L’ORPHELINAT, à la thématique pas si éloignée.

La mise en scène et la direction artistique, si elles se montrent assez conventionnelles, fonctionnent parfaitement. L’interprétation générale est également assez juste. L’ensemble délivre donc un film rondement mené, comme souvent avec le cinéma espagnol de ces quinze dernières années, qui mérite certainement une sortie en salle.

LOS OJOS DE JULIA a été présenté en compétition au 29e Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF) et est sorti en France en décembre 2010.

Retrouvez nos chroniques du BIFFF 2011.


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare


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