Let Me Die A Woman

USA - 1978 - Doris Wishman
Interprètes : Dr. Leo Wollman, Leslie, Deborah Harten, Lisa Carmelle, Frank Pizzo

Ce classique de la sexploitation crapoteuse date de 1973 mais ne sortit que cinq ans plus tard. Il fut interdit (Banned !) dans plusieurs pays, dont l’Angleterre, et fut affublé d’un classement X aux Etats-Unis. Mais ce n’est sûrement pas une oeuvre érotique. Cela relève davantage du cinéma mondo, un genre lancé en 1962 avec MONDO CANE et suivi de dizaines de métrages pseudo documentaires (shockumentaries disent les anglophones adeptes du néologisme marquant).
LET ME DIE A WOMAN sortit donc en 1978, accompagné d’un livre écrit par le médecin (?) vu à l’écran. Alors que le porno était déjà entré dans les moeurs, il est étonnant de constater que ce métrage ressort finalement de la même catégorie que les fameuses “réalisations d’éducation sexuelle des sixties” comme FEMALE SEXUALITY et MONDO SEX. Bref, l’ensemble paraît légèrement retardataire, même s’il propose un argument de choc, à savoir une opération détaillée de chirurgie visant à la transformation d’un homme en femme. De nombreux shockumentaries reprirent ultérieurement ce genre de séquence, en particulier l’insoutenable MONDO CANE 3. Mais LET ME DIE A WOMAN fut probablement le premier à proposer une telle opération aux yeux des spectateurs.
La responsable de la réalisation était la célèbre Doris Whisman, une des seules spécialistes féminines du “adult only”. Malheureusement, sa mise en scène s’avère particulièrement pantouflarde, enchaînant les passages dialogués montrant des transexuel(le)s raconter leur quotidien. Car LET ME DIE A WOMAN se propose de nous initier au monde étrange des transexuels, “lesquels ne sont ni des homosexuels, ni des travestis”, comme nous le rappelle le Dr Wollman, un éminent spécialiste dans la tradition du genre, précurseur des docteurs Gross et Flellis, narrateurs de la saga FACE A LA MORT.
Ce savant (décrit par le narrateur comme “un médecin, chirurgien, psychologue, expert et écrivain scientifique. Bref, l’homme le plus qualifié pour nous aider à comprendre ce phénomène : la transexualité”.) explique avec sérieux qu’après une opération il faut que l’homme – devenu – femme dilate son vagin avec des godes de toutes tailles et de tous modèles. Il ajoute ensuite, très sérieusement, “ces objets sont plus souvent utilisés par les opérés pour des raisons de satisfaction sexuelle, et non pour des impératifs médicaux”. Pour achever le sujet, Wollman manipule une sorte de pistolet / vibromasseur capable d’expédier des “jets mousseux de liquide chaud au fond du vagin, pour les transexuel(le)s souhaitant expérimenter cette sensation”. Impayable, d’autant que le soi-disant médecin débite son texte en cherchant des yeux ses notes et offre une composition indigne du pire acteur de dixième zone. Ce qui ajoute au côté décalé et campy de l’ensemble car LET ME DIE A WOMAN est, en définitive, plus drôle que choquant. Tout a d’ailleurs était postsynchronisé, souvent très mal, ce qui ne laisse aucun doute sur le caractère profondément trafiqué des dialogues.
Les saynètes les plus stupides se suivent, comme cette “nouvelle femme” qui, impatiente, part se faire sauter par le premier venu juste après son opération et se retrouve avec une hémoragie intime. “Elle a perdu sa virginité une seconde fois”, nous explique-t’on. D’autres hommes / femmes sont contraints à la prostitution pour payer leur frais médicaux. Les savonnages sous la douche et autres examens gynécologiques se succèdent forcément, dans une volonté manifeste de choquer à tout prix. Pas mal de scènes présentent également les transexuels à l’oeuvre, c’est-à-dire au lit avec des partenaires masculins. Doris Wishman ne va pas jusqu’au hard mais détaille avec complaisance les appareils génitaux nouvellement formés des protagonistes. La plupart des spectateurs risquent de trouver ces “cochonneries” fort peu érotiques et même plutôt refroidissantes. D’autant que les physiques exposés sont vraiment peu attrayants.
La scène d’opération, elle, est nauséuse à souhait, très clinique, avec des gros plans bien immondes. Heureusement, elle est assez courte. Mais la plupart des spectateurs (en particulier les mâles) risque de souffrir de quelques haut-le-coeur en la voyant. Mieux vaut avoir mangé léger avant d’endurer ces trois minutes fort éprouvantes.
Une autre séquence mémorable nous montre un tran-sexuel, désespéré de ne pouvoir terminer son opération, se couper la zigounette avec un marteau et un ciseau de menuisier. Le sang vermillon gicle à gros bouillons, de manière totalement artificielle, et nous rappelle les effets gores amateurs d’Hershell Gordon Lewis.
Excepté la séquence d’opération, le tout est assez rigolo. Si vous cherchez un document sérieux sur la transexualité, passez votre chemin mais si vous désirez juste regarder une curiosité bizarre à souhait, LET ME DIE A WOMAN assure le boulot. Il fait partie du patrimoine culte de l’humanité, au même titre que les MONDO CANE et autres. C’est un mauvais film, au budget minuscule et aux acteurs calamiteux, mais il mérite une petite vision, à titre de curiosité ou de témoignage de son temps.


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer