Let’s get physical

Vétéran du hardcore ayant débuté sa carrière dès 1970, Bob Chinn reste fameux pour son JOHNNY WADD qui, en 1971, rendit célèbre John Holmes et son anaconda intime. On lui doit aussi un « Ilsa » officieux, PRISONER OF PARADISE plutôt gratiné avec le même comédien. En 1983, il s’associe à la star montante Hyapathia Lee (de son vrai nom Vicky Lynch) et tourne coup sur coup BODY GIRLS et ce LET’s GET PHYSICAL, tous deux écrits par la belle hardeuse en personne qui soigne les films dans lesquels elle apparait. D’origine Cherokee la jeune femme au physique somptueusement naturel se révèle évidemment l’attraction principale de ce long-métrage sinon très classique.

Un temps mariée au cinéaste Bud Lee, Hyapathia Lee se caractérisa, dès ses débuts, par ses exigences et ambitions : elle voulait souvent tourner avec son époux, se spécialisa dans les scènes lesbiennes, aimait écrire et parfois même réaliser ses films. Bref, elle ne souhaitait pas être une starlette supplémentaire jetée comme un mouchoir de poche après deux ou trois ans de carrière. Après avoir tournée une trentaine de films en une dizaine d’années, la Belle se retira du X au milieu des années ’90 et pris ses distances avec l’industrie, allant jusqu’à mettre en scène son propre décès ! On la retrouva, bien vivante, quelques années plus tard. Etrange destine.

Hyapathia Lee se montre ici très à l’aise et convaincante, à la fois dans l’interprétation et dans la performance physique, mettant beaucoup de cœur à l’ouvrage, en particuliers avec ses partenaires féminines. Seuls les passages dansés tirent quelque peu à la ligne et auraient gagnés à être écourtés quoique la musique qui les accompagne ne soit pas désagréable.

Maria, une ballerine dirigeant une école de danse, vit en compagnie de son mari handicapé, Carl (Paul Thomas) suite à un accident de voiture. Un jour, Maria le trompe avec une de ses étudiantes, ce qui excite suffisamment Carl pour qu’il l’encourage à multiplier les aventures. D’abord voyeur, Carl s’implique de plus en plus dans les ébats de son épouse…qui ne semble pas particulièrement heureuse de la situation.

LET’s GET PHYSICAL (évidemment inspiré par la chanson du même titre d’Olivia Newton John que l’on retrouve d’ailleurs en guise de générique dans une version « altérée » des plus amusantes : ralentie, destructurée pour éviter le procès mais suffisamment reconnaissable pour titiller l’oreille du spectateur) gère adroitement l’alternance entre les passages dramatiques et les scènes chaudes dans lesquelles on retrouve Erica Boyer (LES DESAXEES, BARBARA LA BARBARE) et une resplendissante Shanna McCullough (INSATIABLE 2, BABYLON PINK 2 et 3) alors à ses débuts. Hyapathia Lee intervient, pour sa part, dans quatre des six scènes hard, la plus réussie étant sans conteste son duo avec Shanna McCullough durant un cours de danse qui se poursuite rapidement à l’horizontale.

Aujourd’hui, dans le monde ultra codifié du hard, visionner LET’s GET PHYSICAL s’avère agréable, pour ne pas dire rafraichissante. L’intrigue, assez simple, est cependant suffisamment intéressante pour éviter que le spectateur n’use de l’accéléré en attendant la séquence chaude suivante. Les personnages sont crédibles, tout comme leurs actes, le film prenant le temps de ménager ses effets et de développer un minimum les différentes saynètes. Bercé par une musique entrainante, le long-métrage est en outre joliment photographié (par Jack Remy) et professionnellement emballé. Par son récit construit, son point de vue féminin et le côté romantique et léger des passages hard (classiques, efficaces, érotiques et jamais vulgaires), LET’s GET PHYSICAL peut être qualifié de « porno romantique » ou de « film pour couple » si on veut à tout prix le faire entrer dans une sous-catégorie. Bref, un bel exemple de X compétent, joyeux et bien fichu, l’assurance d’un visionnage « facile » (rien de particulièrement original, aucun génie mais de la belle ouvrage, rien de crade ou de brutal, des interprètes désirables et crédibles, une mise en scène professionnelle).

On voit ici les derniers feux de l’âge d’or, les dernières années de la production « pour adultes » de qualité avant le gonzo et les tournages vidéo au rabais. Une autre époque et un petit film rafraichissant qui « fait le job » à tous points de vue durant 78 minutes. Plaisant.