Life Gamble

Hong Kong - 1979 - Chang Cheh
Titres alternatifs : Sang Sei Dau
Interprètes : Alexander Fu Sheng, Philip Kwok, Lo Meng, Lu Feng, Chiang Sheng, Johnny Wang, Kara Hui, Lee I Min, Ku Feng, , Bruce Tong.

LIFE GAMBLE, une production Shaw Brothers sortie à la fin des années 70, rassemble sur le papier un extraordinaire casting comptant la plupart des stars de la compagnie. Malheureusement le résultat s’avère une déception et compte même parmi les plus mauvais films de Chang Cheh.
Le scénario, tout d’abord, présente une intrigue assez simple : quatre bandits réussissent à s’emparer d’un morceau de jade de très grande valeur mais se trouvent confrontés au problème de partager ce butin. Plutôt que de se contenter chacun d’un quart de l’argent généré par la vente, nos criminels décident d’organiser une partie de dés qui permettra au vainqueur de garder l’entièreté de la somme. Mais le seigneur auquel les bandits ont volé la pièce de jade contacte de son côté un forgeron retiré du monde des arts martiaux afin qu’il mène son enquête.
Quoique réalisé par Chang Cheh, LIFE GAMBLE s’appuie sur un scénario que n’aurait pas désavoué Chu Yuan, à savoir un postulat de base classique qui n’hésite pas à perdre rapidement le spectateur. En effet, au bout de vingt minutes le cinéaste a déjà multiplié les rebondissements, retournements d’alliance et autre intrigues tordues. Les personnages, assez bien présenté, changent donc de camp comme de chemises, en particuliers les belles demoiselles qui complotent et trahissent avec le sourire (« Les armes les plus redoutables de ce monde sont mon sourire et ton épée, tu n’as pas ton épée mais tu ne peux me priver de mon sourire » annonce l’une d’elle) en usant de leurs charmes pour parvenir à leurs fins. On reconnaît la misogynie coutumière de Chang Cheh et lorsqu’un guerrier se « castre » lui-même en abandonnant son arme pour gagner la couche d’une courtisane il est sûr de ne pas voir le jour se lever, poignardé traitreusement par la beauté fatale. Notons toutefois que le cinéaste offre à ses actrices des rôles plus intéressants que de coutume et ne les cantonne pas à une simple utilisation « esthétique » de potiche ou faire-valoir, braconnant une fois encore sur les terres de Chu Yuan où se croisent courtisanes chinoises et épéistes sentimentaux.
Difficile donc de suivre ces multiples pistes, d’autant que certaines ne semblent mener nulle part et que le spectateur le plus attentif finit par se perdre dans un dédale inextricable de coups tordus. Qui sont les gentils et les méchants ? Quelles sont les motivations de tout ce petit monde ? Seul l’héroïque forgeron incarne l’idéal chevaleresque et offre une possibilité d’identification, les autres protagonistes semblant uniquement motivés par le profit et leur intérêt personnel.
Au bout d’une demi-heure seule deux possibilités subsistent : se laisser porter sans se poser de questions ou se sentir complètement largué. Malheureusement l’action n’est pas suffisamment présente pour réellement maintenir l’intérêt en dépit de quelques stars de la castagne cinématographique. Les principaux Venoms (Philip Kwok, Lo Meng, Lu Feng, Chiang Sheng, seul Chien Sun manque à l’appel), acrobates combattants de grand talent, font ainsi leurs premières armes en compagnie de la star Alexander Fu Sheng, lequel allait décéder tragiquement quelques années plus tard.
Chang Cheh entame ici une démarche qui culminera avec les métrages ultérieurs de sa longue saga des Venoms. Inspiré par les comics américains les plus populaires, le cinéaste transforme donc les combattants martiaux en ersatz de super-héros, chacun se trouvant doté d’un talent particulier ou d’une arme fantaisiste comme cette main mécanique redoutable pourvue de fléchettes mortelles. Bref, le cinéaste pose les bases de CINQ VENINS MORTELS, CRIPPLED AVENGERS ou HOUSE OF TRAPS mais se perd trop fréquemment dans les méandres de son histoire pour accoucher d’une réussite. Les séquences d’action sont ainsi particulièrement rares et il faudra supporter de longs « couloirs » de dialogues sans beaucoup d’intérêt et des séquences intimistes rapidement lassantes. Les affrontements seront cantonnés dans la dernière demi-heure et, quoique tout à fait corrects et globalement satisfaisants, ils manquent cruellement de punch et d’originalité pour parvenir à véritablement contenter l’amateur du genre qui a vu de bien meilleures chorégraphies. Niveau violence, Chang Cheh se montre assez réservé et ne se permet que de modestes éclaboussures écarlates, loin des flots de peinture rouge inondant habituellement ses plateaux.
LIFE GAMBLE constitue donc une déception annonçant (déjà !) la piètre fin de carrière d’un cinéaste qui fut, quinze ans durant, une des valeurs les plus sures de l’ancienne colonie britannique. Verbeux et manquant singulièrement d’attraits, excepté sa distribution de prestige, ce métrage très mineur et médiocre sera réservé aux inconditionnels de la Shaw Brothers.


- Article rédigé par : Frédéric Pizzoferrato
- Ses films préférés : Edward aux Mains d’Argent, Rocky Horror Picture Show, Le Seigneur des Anneaux, Evil Dead, The Killer