L’incroyable Hulk

Victime d’une expérience ayant mal tourné, le Docteur David Banner se voit doté de la capacité de se transformer en géant à la peau verte au moindre signe de contrariété. Se faisant passer pour mort à la suite de l’explosion de son laboratoire, il erre sur les routes, toujours en quête d’un remède pour le guérir de Hulk.

Bien avant de triompher sur grand écran, l’univers Marvel a dû se contenter du tube cathodique. Et quand la Distinguée Concurrence cartonnait au box office avec SUPERMAN : THE MOVIE, à la fin des seventies, les auteurs de la Maison des Idées ont choisi, eux, le milieu télévisuel. Contre toute attente, par certains aspects, le résultat réussit à rendre, encore aujourd’hui, justice à son matériau d’origine.

Alors, évidemment, il faut se rappeler que le comics book L’INCROYABLE HULK (THE INCREDIBLE HULK) raconte avant tout l’histoire du Docteur Banner qui vit ses transformations en Hulk comme une malédiction. Hormis l’absence de Betty Ross sa petite amie et de Rick Jones son assistant, cette situation est, à deux ou trois éléments près donc, analogue à celle du comics. D’emblée, on constate une focalisation sur un point de départ qui a, sur le papier, tout d’un croisement entre le DOCTOR JEKYLL AND MISTER HYDE, avec les expériences qui font naître un double, et FRANKENSTEIN, puisque Hulk est, au final, une créature bienveillante et incomprise.

Pour le producteur Kenneth Johnson, déjà connu pour L’HOMME QUI VALAIT TROIS MILLIARDS puis V, LES VISITEURS, il y a effectivement tout dans ce postulat pour rendre son INCROYABLE HULK intéressant. Ainsi, exit la démesure propre aux comics avec les multiples assauts du Général Ross (accessoirement le père de Betty) qui envoie ses troupes pour affronter le géant de jade, l’attrait de Johnson est pour Banner et sa capacité à s’adapter à tous les milieux sociaux, sous l’identité d’un personnel de l’entretien le plus souvent. En d’autres termes, Johnson calque la structure de sa série sur le modèle d’une autre : LE FUGITIF (THE FUGITIVE), qui raconte la fuite d’un autre Docteur, nommé Kimble celui-ci, pourchassé, lui, par un Marshall.

Et qui dit même modèle, dit même formule et mêmes ingrédients : dans LE FUGITIF, nous avons le Docteur Kimble, injustement accusé du meurtre de sa femme, ce qui lui vaut d’être poursuivi par un Marshall à travers les Etats-Unis ; dans L’INCROYABLE HULK, Banner se fait passer pour mort, obligé de fuir, il se voit lui aussi presque traqué par un journaliste, du nom de Jack McGee, cherchant le scoop en prouvant l’existence de Hulk et ce fil rouge parcourt les 5 saisons de la série (Jack Colvin, le Jack McGee en question, fait partie du casting principal) achevant de la singulariser par rapport au comics book. Dans les deux cas, tout tourne autour des liens que construit notre personnage principal, ici Banner, avec ses contemporains le temps d’un épisode.

De ce fait, cet angle mélodramatique a l’avantage de renforcer l’humanité des protagonistes. Cela a l’inconvénient de traiter par dessus la jambe tout le versant science-fiction du postulat : les expériences autour de Hulk passent au second plan, en témoignent le soin apporté au maquillage et des transformations qui diminuent au fil des saisons. Si l’on se prend au jeu, la série traverse plutôt bien les années, malgré le kitch dû aux moyens financiers et matériels de l’époque.