Lingeries fines et perverses

France - 1984 - Paul Kerman (Jean-François Davy)
Titres alternatifs : Change de trou, ça fume
Interprètes : Hélène Shirley, Piotr Stanislas, Olinka Hardiman, Alban Ceray, Richard Allan, Marilyn Jess, Michel Caputo, Marianne Aubert, Cathy Ménard

Début 1980, le cinéma pornographique en France vit une transition paradoxale dans son mode de consommation. Tandis que la loi X de 1975 fustige les films classés et sanctionne les exploitants les diffusant, entraînant un quasi abandon des salles de la part des spectateurs d’un autre genre, la vidéo cassette, elle, est en plein essor, et les vidéoclubs ouvrent à foison. On constate lors de cette période post-Giscard une nette hausse de l’accessibilité et de la consommation des films pornographiques grâce à ce bond en avant de la K7, mais aussi grâce à l’apparition sur Canal + des premiers programmes réservés à un public adulte. Le visionnage autrefois collectif devient individuel, intime, et se glisse sur le petit écran des salons français.
C’est dans ce contexte particulier qu’apparaît en 1984 LINGERIES FINES ET PERVERSES de Jean-François Davy (LE SEUIL DU VIDE, CA VA FAIRE MAL !) sous le pseudonyme de Paul Kerman.

Lingeries fines et perverses

Jean-François Davy commence son chemin de vie auprès des scouts, dans le cadre d’une éducation catholique stricte. Rien ne le prédestinait à faire carrière dans le milieu fripon ! Néanmoins, il se dirige tout de même rapidement vers le cinéma et tourne, dès l’âge de quinze ans, ses premiers courts-métrages avec ses camarades de classe. Il fréquente assidument les ciné-clubs et devient en 1965 l’assistant-réalisateur de Luc Moullet (LES CONTREBANDIERES) sur BRIGITTE ET BRIGITTE. Cette première expérience le mène, l’année suivante, à réaliser son premier long-métrage, L’ATTENTAT. Par la suite, il mettra en scène pas moins de vingt-quatre œuvres dont une trilogie érotico-comique (BANANES MECANIQUES, PRENEZ LA QUEUE COMME TOUT LE MONDE, Q) et une série documentaire autour de l’industrie du sexe (EXHIBITION, PROSTITUTION, LES PORNOCRATES, EXHIBITION 2 et EXHIBITION 79). A noter qu’EXHIBITION sera le premier film pornographique diffusé en 1985 sur Canal + après avoir été classé art et essai, déclassé, classé X, et reclassé art et essai … Une aventure qui assoit sa réputation dans le milieu.
En plus de s’atteler à la réalisation, Jean-François Davy est également producteur pour des auteurs tels que Paul Vecchiali (CHANGE PAS DE MAINS), Jean-Daniel Pollet (L’ACROBATE) ou encore Jean Marboeuf (LE P’TIT CURIEUX). Il est aussi scénariste et distributeur.
Il fonde la société d’édition VHS Fil à Film et la société de production/distribution Zoom 24 via lesquelles il diffuse LINGERIES FINES ET PERVERSES.

LINGERIE FINES ET PERVERSES est la version hard de LA FEMME EN SPIRALE, inédit en salle. Il est le dernier film X en 35mm de son réalisateur qui profite de cet abandon du genre pour célébrer une dernière fois le sexe entouré des actrices et acteurs en vogue à l’époque : Hélène Shirley, Piotr Stanislas, Olinka Hardiman, Alban Ceray, Richard Allan, Marilyn Jess, Michel Caputo, et Marianne Aubert.

On note au casting la présence de la flamboyante Marilyn Jess, de son vrai nom Dominique Troyes, qui signe ici l’un de ses derniers rôles en tant qu’hardeuse. Icône du cinéma pornographique aux côtés de Brigitte Lahaie, Marilyn dite “Patinette” tourne en dix ans plus de deux-cents métrages et collabore avec les plus grands noms de la scène X (Gérard Kikoïne, Claude Mulot, Francis Leroi, Michel Caputo, Alain Payet, pour n’en citer que quelques uns …). C’est aux alentours de 1984 qu’elle arrête les scènes de sexe dans la crainte d’un nouveau fléau : le sida.

Lingeries fines et perverses

Dans LINGERIES FINES ET PERVERSES, elle incarne un personnage fantasmé par Charlotte (Hélène Shirley), une agent de publicité sollicitée par Simon (Alban Ceray) pour réaliser un film pornographique. Le scénario de ce long-métrage tient sur un mouchoir de poche; on suit simplement les aventures de notre agent et l’exploration de ses fantasmes personnels. Néanmoins, la lecture de celui-ci est brouillée par l’apparition d’images rêvées par Charlotte, et d’images extraites de ses visionnages en table de montage. On se retrouve alors avec trois films en un : Charlotte la réalisatrice, Charlotte la rêveuse, et Charlotte la monteuse.
Bien que ce choix installe un peu de confusion, et que celui-ci résulte du fait que Jean-François Davy place des inserts hard dans son propre film soft (LA FEMME EN SPIRALE), il n’enlève rien au charme de l’œuvre. Le réalisateur nous livre ici des visions enchanteresses et brûlantes alliant effets kaléidoscopiques et superpositions vaporeuses. Les couleurs sont belles et envoûtantes, un soin particulier est apporté aux costumes, et on retrouve à la composition Daniel Longuein, collaborateur de longue date, avec une bande-originale léchée et suave.

Qualifié d’OVNI par Jean-François Davy, LINGERIES FINES ET PERVERSES est une invitation à la sensualité, à la joie, et à la découverte de ses propres désirs. A regarder sous la couette, seul, à deux, ou à plusieurs !

Cet article, bien qu’il soit centré sur Marilyn Jess, rend également hommage à Cathy Ménard, décédée le 1er mai 2022.

Lingeries fines et perverses

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- Article rédigé par : Clara Sebastiao
- Ses films préférés : Mais ne nous délivrez pas du mal, Sayat Nova, Amer, Kissed, Naked Blood


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