Matar a dios

Un couple au bord de l’implosion reçoit sa famille pour le réveillon du Nouvel An. L’occasion de tenter de panser leurs blessures ensemble jusqu’à ce qu’un sans-abri s’invite chez eux. Prétendant être Dieu, il leur annonce la fin de l’humanité. En effet, il leur revient à eux de décider qui seront les deux veinards qui survivront à ce génocide mystique. Un choix cornélien qui va vite rouvrir les plaies.

Satire pleine d’ironie et d’humour noir, MATAR A DIOS est le premier long métrage de Albert Pintó et Caye Casas qui se sont illustré précédemment dans des cours métrages à l’humour noir inspiré de l’univers haut en couleur de Alex dela Iglesia.

Une inspiration qui se ressent surtout dans le mélange de la foi, de l’humour noir à son sujet et d’un amour pour les marginaux et les oubliés de la société ibérique. On pense surtout à LE JOUR DE LA BÊTE de Alex dela Iglesia qui suivait un prêtre convaincu que l’antéchrist allait venir au monde et provoquer la fin du monde un soir de Noël s’acoquine avec un sataniste présentateur d’une émission télé et un metalleux nerd vivant encore chez sa mère.

Ce qui rend le film d’autant plus fort dans son propos est qu’on ne sait pas, jusqu’au bout, si c’est véritablement dieu qui a pris une forme étrange pour approcher les vivants ou si ce n’est qu’un clochard qui se joue de nos héros. Emilio Gavira, un nain ayant joué également dans BLANCANIEVES de Pablo Berger en 2012, incarne à la perfection cette dualité avec son regard moqueur.

Et pour lui faire face, Eduardo Antuña incarne Carlos, un macho lambda qui soupçonne sa femme Ana de le faire cocu. Itziar Castro incarne Ana, actrice qu’on retrouve dans leur court métrage RIP. Elle incarne à la perfection la femme moyenne tout à fait ordinaire qui aspire cependant à plus. Le casting se complète avec Francesc Orella et David Pareja. C’est un huis clos où toutes les tensions qui ressortent habituellement durant les réunions de famille sont exacerbées par l’apparition de cette version sadique et sarcastique de dieu.

Remettant en question tous les clichés de la vie espagnole (l’importance de la foi, de la famille, du respect des anciens) tout en dépeignant des personnages vraiment médiocre, mais attachant, MATAR A DIOS est une réussite, une comédie noire ibérique comme on les aime.

MATAR A DIOS a été sélectionné à l’édition 2018 du BIFFF.