Modus Anomali

Indonésie - 2013 - Joko Anwar
Interprètes : Rio Dewanto, Hannah Al Rashid, Aridh Tritama, Izzi Isman, Surya Saputra

Après avoir été enterré vivant dans une forêt, un homme part à la recherche de sa famille avec qui il passait le week-end.

Pour son quatrième long métrage, le réalisateur Joko Anwar étonne de par son tournage en huit jours, selon ses dires. Tourné alors à toute vitesse et avec un budget serré, le film n’en donne, cependant, pas du tout l’impression. C’est techniquement très soigné. Visuellement, le scope offre des plans d’extérieur avec des cadres travaillés, une large profondeur de champ et une photographie minutieuse avec beaucoup de nuances, ce qui rend les décors du film entièrement visibles. L’ensemble ne fait pas bâclé et la direction artistique est bien menée. A aucun moment on ne sent que le film doit se refuser certaines idées par manque de moyens, ce qui est épatant vu son court tournage.

MODUS ANOMALI est un film qui ne ménage pas son spectateur et le plonge dans son univers confinant à l’abstraction. L’ambiance rendue dans la forêt est particulière et, n’en sachant pas plus que le personnage principal, les découvertes semblent de plus en plus absurdes et brouillent les pistes sur le peu que l’on sait. Exceptés quelques passages suivant d’autres personnages, tout le film est du point de vue du protagoniste central. Comme lui, on est seul dans l’inconnu à vouloir savoir ce qui lui est arrivé. Le spectateur en est encore plus troublé, ne connaissant même pas ni l’identité ni d’où vient ce héros. En terme d’horreur, c’est très efficace. Le cadre naturel, nocturne et mystérieux est posé très rapidement. Le métrage est lent et fait accroître un certain stress. À l’intérieur de cet environnement à priori mort, la moindre irruption d’une entité, même immobile, reste toujours inconnue. Sans différence par rapport aux autres actions du film, ces moments stimulants sont filmés de façon normale. Par cette immersion et cette approche réaliste, la peur surgit sans que l’on ne s’y attende. Ce jeu avec nos nerfs très concis et épuré est une élégante leçon d’efficacité, trop rare sur les écrans.

Et alors que le postulat de film d’horreur se poursuit, le métrage nous perd de plus en plus et remet en question ce que l’on voit. Alors que l’on commence le film avec une poignée de certitudes, celles-ci sont déconstruites et on se méfie de certaines idées auxquelles on ne pense plus tant elles nous sont inébranlables.

Là où le film surprend, c’est également dans son étonnante gestion de l’horreur et de l’humour noir, absurde et corrosif. Et c’est avec une forte singularité que l’imprévisibilité fonctionne jusqu’à la fin, passant de l’un à l’autre sans problème avec une maîtrise totale. Ces deux pôles non-opposés gagnent chacun en puissance de par leur utilisation et collaboration. Alors que le métrage débute en mêlant peu l’horreur et l’humour, les deux se mélangent petit à petit pour tendre de plus en plus vers un résultat inattendu.

Projeté en avant-première au festival Hallucinations Collectives 2013, MODUS ANOMALI est un métrage duquel il est difficile de parler à un public n’ayant pas vu ce surprenant objet filmique. On espère qu’il se trouvera un bon chemin dans les salles et fera parler de lui. Ce serait dommage de laisser tomber dans l’oubli un tel film que l’on n’a, malheureusement, trop peu l’habitude de voir.

Retrouvez notre couverture du 31ème Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF).


- Article rédigé par : Paul Siry
- Ses films préférés : Requiem pour un massacre, Mad Max, Ténèbres, Chiens de paille, L'ange de la vengeance


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