Norwegian Ninja

Norvège - 2010 - Thomas Cappelen Malling
Interprètes : Mads Ousdal, Linn Stokke, Jon Oigarden, Trond-Viggo Torgersen

Entre universalité et confidentialité du propos, il n’y a finalement qu’un pas, mais un pas glissant. NORWEGIAN NINJA est un film qui, de par sa forme et son ton, aurait pu toucher un large public aux quatre coins du Monde. Mockumentaire sous forme de faux document d’archive des services secrets de ce petit royaume d’Europe du nord, le premier long-métrage de Thomas Cappelen Malling propose un point de vue délirant sur la plus grave affaire d’espionnage qu’a connu le pays. Mais qui dit « nouvel éclairage » sur une affaire connue, présuppose que l’affaire fasse écho dans le public. Or, sorti de Norvège, personne ou presque ne s’en souvient des faits ni d’en avoir été informé.
Petit rappel historique. Nous sommes en pleine guerre froide. En 1984, l’homme politique et diplomate Arne Treholt est arrêté et condamné à vingt ans de prison pour trahison et espionnage au profit de l’URSS. C’est donc l’histoire de cet homme qui est raconté dans NORWEGIAN NINJA…mais d’une façon inattendue.
En effet, patriote, commandant d’une troupe d’élite composée de ninja dont l’entrainement ne laisse la place qu’aux plus forts, Arne Treholt ne prend ses ordres qu’auprès du roi Olav. Cette unité, prête à tout pour son pays, s’engage alors dans un terrible face à face avec les stay-behind de l’opération Gladio (réseaux clandestins de surveillance coordonnées par l’OTAN et veillant à prévenir une invasion de l’Europe de l’Ouest par l’URSS) qui empiètent nonchalamment sur la politique internationale du royaume. C’est cette rivalité, nous explique NORWEGIAN NINJA, qui coutera son poste, sa liberté et sa notoriété à Arne Treholt…sauf que la réalité est ailleurs…
Se ficher comme de l’an quarante de l’intégrité politique et territoriale de la Norvège dans les années quatre-vingt n’est pas une raison suffisante pour bouder NORWEGIAN NINJA. Non, la vraie bonne raison est que malgré quelques séquences franchement drôles pour ne pas dire hilarantes, le film passe à côté de la plupart de ses effets. Trop brouillon et aussi fumeux que les apparitions grotesques (et donc sympathiques) de ses ninjas, le film nous fait le coup du document top-secret enfin dévoilé qui, à force de private jokes se coupe d’une grande partie de son public. Visuellement très réussi (la reconstitution minutieuse de l’époque fait vraiment illusion tout comme le traitement de l’image), doté d’une direction de comédiens solide et d’une esthétique kitsch lorgnant sur les effets spéciaux à base de maquettes façon THUNDERBIRDS, NORWEGIAN NINJA s’apparente plus à une note d’intention, à la trop longue bande-annonce d’un fan-film doté de beaucoup de qualités mais utilisées sans aucune cohérence. Malgré une durée efficace pour ce genre de projet d’à peine une heure et quart, le film, qui devient rapidement poussif, entraîne un décrochage fatal au bout de sa première demi-heure. C’est dommage car l’idée même de montrer sous un nouveau jour une histoire ultra-rabâchée est un procédé payant, à condition toutefois de s’assurer que le public peut suivre grâce à une narration éclairée.

Retrouvez nos chroniques de l’Etrange Festival 2011.


- Article rédigé par : Nassim Ben Allal