Offscreen Film Festival 2008

My Winnipeg
Guy Maddin
Canada
2007

Le dernier week-end du festival a été illuminé par My Winnipeg, un documentaire de Guy Maddin. Une belle première pour Offscreen, My Winnipeg n’ayant été montré que dans quelques festivals triés sur le volet (Berlin et Toronto).
Guy Maddin est un cinéaste inclassable qui développe inlassablement ses obsessions sous une couche formelle extrêmement travaillée, laquelle se rit des contraintes budgétaires qu’elle transforme en atout.
My Winnipeg, son dernier effort, ne détonne pas dans sa filmographie. Il peut bien s’agir d’un documentaire commandité pour témoigner de ce qu’est la ville de Winnipeg, le résultat est un concentré pur jus de Maddin. Nous sommes à mille lieues du documentaire vériste, aux images brutes, qui règne presque sans partage sur les écrans.
Guy Maddin reste fidèle à lui-même et produit des images qui semblent sorties des années ‘20-’40. Sous sa caméra, une ville qu’on devine banale est mythifiée. Le fantasme se mêle à la véracité documentaire. Guy Maddin rêve d’occulte, de forces surnaturelles avec ces deux rivières souterraines qui seraient à la source ( !) des caractéristiques bizarres des habitants. Ces allées en formes d’arrière cours, venant redoubler le réseau viaire et où se réfugie l’âme de la ville fait penser, plus d’une fois, à la Venise de Hugo Pratt. Cette ville duale, construite sur une rivière souterraine, avec ses ruelles discrètes est aussi celle du masque : l’unique colline de ce plat pays est un parc cachant difficilement son ancien statut de décharge.
Dès lors, c’est un Maddin révolté qui s’insurge ou se désole de la disparition, dans l’indifférence générale, du patrimoine bâti et des signes urbains comme d’anciens grands magasins ou – oh sacrilège pour un réalisateur fan de ce sport –le stade de Hockey qui abritât jadis d’ancestrales gloires.
De la ville contemporaine, nous ne saurons pas grand chose : Maddin l’abandonne aux arrières plans, la recouvre d’effets de fumée, de flou. Winnipeg n’est pas montrée, elle est rêvée. Aussi, ses habitants vivent-ils comme des somnambules, anesthésiés par le froid. La figure du somnambule est d’ailleurs récurrente dans tout son cinéma : les soldats d’Archangel, les villageois de Carefull, les victimes de son Dracula, Narcisse dans The saddest music in the world, etc., sont autant de déclinaisons. Le somnambule approche d’ailleurs le mort-vivant par son statut particulier. L’onirisme se marie avec Thanatos dans la plupart des métrages ici cités. Aussi n’est-il pas étonnant que la plupart de ses films se déroulent dans des décors recouverts de neige, figés dans l’immobilité froide de la mort. La blancheur immaculée est une couche moelleuse et indistincte qui recouvre les formes, les cache aux yeux des vivants.
Winnipeg, souvent soumise à des températures extrêmes, participe donc pleinement au monde intérieur de Maddin.
Logiquement, le réalisateur exorcise ses démons en se mettant en scène tentant de fuir une ville à laquelle il est intimement attaché. Pour ce faire, il tente de couper le cordon ombilical en recréant certains pans de son histoire familiale. Mythes familiaux et urbains s’entremêlent. Ce qui souligne a posteriori l’importance accordée dans ses autres longs métrages à « la » famille (Archangel, Carefull, The saddest music in the world, etc.) : ou à « sa » famille : The dead father, Brand upon the brain, Cowards bend the knee et My Winnipeg. My Winnipeg enchantera ceux qui ont de longue date succombé à ce cinéma si particulier et s’offre sans retenue aux futurs nouveaux convertis !


- Article rédigé par : Philippe Delvaux
- Ses films préférés : Marquis, C’est Arrivé Près De Chez Vous, Princesse Mononoke, Sacré Graal, Conan le Barbare