Red State

Etats-Unis - 2011 - Kevin Smith
Interprètes : John Goodman, Michael Angarano, Melissa Leo, Michael Parks

Trois jeunes garçons prennent la route, un soir, dans le but de rencontrer une femme mûre avec laquelle l’un d’eux a discuté sur internet et qui se dit prête à faire l’amour avec eux trois en même temps. Mais elle les drogue et ils se réveillent séquestrés par une secte religieuse intégriste bien décidée à punir pour leur comportement déviant.

Kevin Smith est un scénariste et réalisateur de comédies. CLERKS, JAY ET BOB CONTRE ATTAQUENT ou encore DOGMA sont des exemples des comédies délirantes et très geek qu’il a offertes au cinéma. Après un TOP COP peu apprécié et qu’il n’a pas scénarisé lui-même, Kevin Smith revient avec un film qui s’éloigne de la comédie (bien que le métrage reste empreint d’humour noir) pour s’enliser dans une horreur diablement humaine. Il s’entoure de l’immense John Goodman, absolument impérial dans le rôle du chef de l’escouade de l’ATF chargé de déloger les fanatiques et Michael Parks. Ce dernier, acteur tarantino-ien, a joué dans les deux KILL BILL, dans BOULEVARD DE LA MORT et dans PLANETE TERREUR. Il incarne ici le leader de la communauté, un rôle difficile dans lequel il excelle littéralement.

Ce film, hâtivement accusé d’être anti-religieux, débute comme un AMERICAN PIE ou un HOSTEL, en nous présentant ces trois jeunes, ne pensant qu’à une chose, s’envoyer en l’air. Dialogues salaces et vulgaires à l’appui, Kevin Smith dresse un tableau plutôt triste de sa jeunesse et de cette communauté très rurale, non loin de laquelle résident les intégristes religieux dans les griffes desquels vont atterrir nos « héros ». Nous découvrons ces méchants après que les pauvres adolescents aient été enlevés, alors qu’ils sont attachés dans leur église. Kevin Smith nous présente une communauté plus ou moins consanguine et stupide, vivant en autarcie sous la coupe de son prédicateur à moitié fou. Ce dernier se livre à un sermon, certes un tout petit peu trop long, mais qui a le mérite de dévoiler l’impressionnant jeu d’acteur de Michael Parks, carrément habité par son rôle, sermon qui se révèle en outre magnifiquement écrit. En effet, cette unique scène parvient à mêler horreur et humour avec un brio surprenant, positionnant le film sur le fil d’un rasoir des plus effilés, où il parvient à rester en équilibre.
Le métrage s’avère être une critique acerbe des intégristes et de la jeunesse bête et insouciante. Néanmoins, Kevin Smith, loin d’être à court de munition, profite de ce RED STATE pour mitrailler copieusement le gouvernement et les forces de l’ordre au cours d’un siège assez surprenant, d’où personne ne sortira ni indemne, ni grandi.
Cependant RED STATE est aussi un authentique polar mâtiné d’horreur. Ainsi, quand les victimes sont torturées par les bons chrétiens, cela reste particulièrement déplaisant. Certes, nous ne sommes pas au niveau graphique d’un SAW, mais la scène reste visuellement impressionnante et instaure un climat étouffant. De même, le siège est effroyablement tendu et, de par son côté amoral et réaliste, ajoute un côté glaçant aux scènes d’action, alors que les balles sifflent et que les gens meurent.
Voici donc un film très maîtrisé, parfois drôle (si l’on apprécie l’humour noir) et tout le temps dérangeant. Il prouve que Kevin Smith est capable de s’éloigner du domaine de la comédie qu’il connaît très bien pour offrir un excellent film d’horreur.


- Article rédigé par : Yannik Vanesse


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