Reincarnation

Un texte signé Sylvain Pasdeloup

Japon - 2006 - Takashi Shimizu
Titres alternatifs : Rinne
Interprètes : Yuka, Karina, Kiipei Shiina, Tetta Sugimoto, Shun Oguri, Marika Matsumoto, Mantaro Koichi

RE-INCARNATION est le dernier film de Takashi Shimizu qui s’est notamment illustré par la réalisation de JU ON : THE GRUDGE, film d’épouvante se déroulant dans une maison hantée protégée par une malédiction qui frappe tous ceux qui osent y pénétrer. JU ON, monté en une succession de chocs visuels, se vit d’abord comme une expérience sensorielle, le tout secondé par un excellent scénario.
De ce point de vue, RE-INCARNATION se situe dans la droite lignée de JU ON tant la perception qu’a le spectateur de l’image et du son est importante dans sa façon de comprendre le film.
Cependant RE-INCARNATION représente une évolution dans la carrière de Takashi Shimizu car il s’impose là une trame plus linéaire. Cette dernière mise sur son atmosphère envoûtante plutôt que sur un éventail de scènes-chocs.
Après quelques scènes étranges dont la signification réelle ne nous sera révélée qu’à la fin du métrage, la caméra de Takashi Shimizu nous met dans la peau de Nagisa. Il s’agit d’une jeune actrice débutante engagée par le réalisateur Matsamura pour tourner un film d’horreur adapté d’une histoire vraie. Elle relate l’assassinat de onze personnes, 35 ans auparavant, tuées en quelques heures dans un hôtel de campagne par un docteur qui, après avoir décimé sa famille, se suicida. Rapidement, Nagisa va être assaillie de visions terrifiantes, comme des souvenirs qui ne sont pas les siens, des souvenirs du massacre. Dès lors, Matsamura va décider d’emmener son équipe à l’hôtel abandonné, théâtre des crimes, afin que chacun puisse s’imprégner des lieux. La suite sera un chassé-croisé entre deux époques et entre plusieurs personnages.
RE-INCARNATION est vraiment un film difficile à résumer tant son scénario est riche et repose principalement sur des sensations vécues, d’une part par les personnages et de l’autre par le spectateur.
On retrouve dans le film de Takashi Shimizu cette croyance bien ancrée en Asie, celle d’une vie spirituelle omniprésente qui interfère avec le monde réel. On y trouve également des symboles du film d’épouvante japonais moderne comme la petite fille aux cheveux longs naviguant entre la vie et la mort – c’est qu’on commence à la connaître depuis RING ! Mais, et c’est là le plus surprenant, l’atmosphère lourde de RE-INCARNATION, additionnée à sa réalisation splendide renvoie presque plus au cinéma d’épouvante européen qu’au cinéma asiatique de ces dernières années. On pense à des films tels LES INNOCENTS de Jack Clayton ou, plus proche de nous, LES AUTRES d’Alejandro Amenabar. Ces influences plus occidentales sont d’ailleurs revendiquées dans le métrage par quelques séquences-hommage. La plus marquante est celle où l’héroïne déambule dans l’hôtel en ruine, entourée de morts-vivants. Cette scène n’aurait pas fait tâche dans un Lucio Fulci.
D’autres plans sont magnifiques et témoignent d’une vraie maestria comme cette scène où, d’un long mouvement circulaire, la caméra suit les yeux de Nagisa et dévoile peu à peu, dans chaque recoin de l’hôtel, les silhouettes de ses occupants sans que l’héroïne, elle, n’ait le temps de les distinguer. On sent que Takashi Shimizu a tout pensé avec esthétisme et doigté, pour une immersion totale du spectateur dans le film.
De plus RE-INCARNATION possède un autre atout, à savoir son thème principal, passionnant et remarquablement bien exploité par des changements d’époques bien amenés et d’une grande fluidité. C’est probablement ce qui donne au film toute son efficacité car RE-INCARNATION est aussi un thriller au scénario diabolique et au rythme savamment dosé dont la mayonnaise prend très vite.
RE-INCARNATION est donc un film de trouille avec un grand T, malsain et envoûtant, qui se paye en plus le luxe d’un dernier twist bluffant avant de nous laisser un peu rêveurs devant tant de maîtrise.


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- Article rédigé par : Sylvain Pasdeloup

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