Rey, l’histoire du Français qui voulait devenir roi de Patagonie

En 1860, un avocat français, Orélie-Antoine de Tounens, est proclamé par les indiens Mapuche roi d’Araucanie et de Patagonie, région supposément chilienne mais depuis toujours rétive à la colonisation. Il est cependant rapidement arrêté, jugé et expulsé vers la France d’où il tentera sans relâche et sans succès de regagner son royaume.
Vous avez été emporté par AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU, ou plus récemment, par L’ETREINTE DU SERPENT… On vous invite à découvrir REY.

On ne va pas se mentir, on se trouve clairement dans le créneau d’un cinéma expérimental, et qui se revendique comme tel.

D’une part, les acteurs jouent, pour partie, masqués, à l’instar de ce que Xhonneux et Topor faisaient par exemple pour leur MARQUIS.

Ensuite, parce que le réalisateur a travaillé la matière même de son film, le tournant en pellicule – ce qui dénote déjà dans le système de production de 2017 – mais surtout en retravaillant ensuite son matériau pour l’altérer et l’abimer. Il aurait ainsi enterré sa pellicule pour que celle-ci commence à se décomposer. En d’autres termes, l’émulsion chimique est ici augmentée hors même le processus du développement. Le résultat est ensuite parcouru de rayures ou autres salissures. Le but n’est pas purement esthétique, mais tente de transmettre une image telle qu’elle aurait survécu si les bobines avaient été filmées à l’époque et retrouvées récemment. C’est donc plus un jeu sur l’illusion de l’authenticité, ou une expérience sur l’historicité présumé, telle qu’elle ressort de signes. De grands mots pour une pratique qu’on retrouve aussi dans le cinéma de genre commercial, ne pensons qu’aux found footage dont tout le dispositif de mise en scène (caméra tremblotante) mais aussi esthétique (tournage vidéo) concoure au même semblant d’authenticité, dans un jeu dont personne n’est dupe.

L’intrigue de REY n’est cependant pas toujours parfaitement limpide pour qui ne connait l’histoire de cette velléité libertaire (en gros, 99,99% du public), mais ce n’est pas trop grave. On peut se laisser porter par le film, dont l’enjeu vire, dans son dernier acte, clairement vers une expérience mystique que ne renierait par le Jan Kounen de BLUEBERRY.

Sur le fond, REY témoigne aussi de cette période, le 19e siècle, qui a vu les équilibres géopolitiques se transformer dans de grandes parties du monde : si en Europe, les révolutions se sont succédées… l’Amérique latine n’a pas été épargnée par son lot de guerres et de révolutions. Autrement dit, une époque où subsistait la possibilité pour des aventuriers de tenter la création de leur propre royaume, tentatives souvent sans lendemain.

REY a été proposé dans le cadre du festival Offscreen 2018.
En France, REY est sorti le 29 novembre 2017.