Robot And Frank

Dans un futur proche, les robots font partie de la vie quotidienne. Ce n’est pas vraiment du goût de Frank, ancien cambrioleur vivant seul, à l’écart de tout dans une petite maison. Sa mémoire n’allant pas très bien, son fils vient le voir chaque semaine. Cependant, il décide, un jour, de lui offrir un robot pour veiller sur lui et l’aider dans ses tâches journalières. D’abord on ne peut plus réticent, Frank commence à apprécier son nouveau compagnon et un lien d’amitié se crée entre eux.

Ce film ouvre la cinquième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Il s’agit du premier long métrage de Jake Schreier, qui s’entoure de quelques acteurs talentueux, comme Liv Tyler, Susan Sarandon ou Jeremy Sisto, pour faire vivre son univers.

Le scénario met en scène un des principes de base de nombreux métrages, allant des comédies sentimentales aux buddy movies. En effet, l’idée de deux personnages antinomiques ne pouvant se supporter et finalement ressentant des sentiments très forts n’est pas nouvelle. Même si l’un d’eux est un robot, cela ne change pas grand-chose, et permet au réalisateur de développer une comédie aussi drôle que touchante. En effet, les acteurs sont très bons et le robot tout autant humain qu’inhumain selon les moments. De plus, dialogues et situations sont excellents et permettent au spectateur de rire beaucoup et d’être touché par l’évolution des relations entre le duo de héros. La préparation du cambriolage (car le robot va finalement stimuler la mémoire de Frank en l’aidant à organiser un audacieux vol) est remarquable, tout autant crédible qu’amusante, et, comme le réalisateur évite la sur-explication, aucune lourdeur ne vient interférer avec l’intelligence du propos. Car la subtilité du scénario et de la mise en scène sont pour beaucoup dans le plaisir que prend le spectateur à visionner le métrage. En effet, nombre de réalisateurs auraient ajouté une voix-off et des tonnes de dialogues à certaines scènes, alors que Jake Schreier se contente de filmer quelques photos, d’une larme et d’un baiser, pour imposer un twist surprenant et délicieusement touchant.
Cependant, derrière le rire et l’émotion se dissimule un panorama effroyable, terrifiant même. Guère expliqué, là encore grâce à la subtilité de la mise en scène, l’environnement dépeint n’en est pas moins abominable. Dans ce futur proche, les bibliothèques font office de musées poussiéreux et désertés, les livres n’étant plus utilisés par quiconque. Quelques imbéciles new-age veulent même recycler la bibliothèque, scanner les livres avant de les détruire, pour transformer l’endroit en une sorte de lieu communautaire étrange, une sorte de fenêtre rétro-branchée sur un passé qui n’a plus sa place. Un peu l’équivalent du rétro-gaming de notre société actuelle. Et quand notre Frank, véritable pièce de musée, qui refuse d’aller dans une maison de retraite, fait une analogie avec l’Allemagne nazie, tout est dit ! S’il ne s’agit pas d’autodafé à proprement parler, la connaissance restant accessible, faire disparaître ainsi l’outil papier, cacher ses vieillards et ne percevoir le passé que sous l’aspect « ringard branché » est, en fait, terrifiant de réalisme.
Cet aspect est sous-jacent, à peine effleuré, mais suffisamment évoqué pour donner la chair de poule. Au-delà de cela, ROBOT AND FRANK est un excellent film, par moment très drôle, ne succombant jamais dans le pathos et le larmoyant, et qui ouvre l’édition 2012 du Festival de manière passionnante.

Retrouvez nos chroniques du FEFFS 2012.